L’esclavage, l’ultime perversité du Casino planétaire. Liliane Held-Khawam

esclavage

Aller délivrer ces enfants pourrait être un objectif de la collecte mondiale des informations. Encore faut-il le vouloir…

La mondialisation s’est accommodée dangereusement d’une détérioration des conditions de travail et de la soumission de l’homme à une croissance et une compétitivité pathologiques.

La croissance du rendement est une résultante qui vise à maximiser le chiffre d’affaires et à minimiser les dépenses.

Dans une chasse au rendement qui ferait plaisir au casino financier, les firmes transnationales ont utilisé l’ensemble des dispositifs « raisonnables » et impitoyables disponibles.

Toutes les possibilités ont été utilisées. Cela va des délocalisations vers des pays à salaires « low cost » en passant par des investissements technologiques qui remplaceraient l’humain.

Il faut dire que les rubriques, masse et charges salariales, sont les plus importantes du compte d’exploitation d’une entreprise. Une optimisation à toute épreuve dans la circulation des forces de travail a été mise au point.

Une spirale infernale de pressurisation de ces rubriques comptables semble emporter vers des directions de plus en plus intolérables.

Nous avons vu le contrat zéro heure des britanniques dans lequel vous êtes engagé mais sans vous garantir le moindre travail ou le moindre revenu.

Nous avons vu le mini-job des Allemands qui vous rémunère à moins de 5 euros de l’heure.

C’est tout naturellement que la France, contrariée par une forte présence de résistants a été retardée dans cette « réforme » qui vise à « moderniser » le contrat du travail. Mais grâce au 49.3, cet article qui s’affranchit de la démocratie, la loi el Khomri est entrée en vigueur cet été (août 2016). Ouf ! Bruxelles est contente. Le retard de la France « commence » à être comblé grâce à ce « minimum » de réforme qui permet de licencier plus facilement, de réviser entreprise par entreprise les conditions du contrat de travail. Les collaborateurs seront soumis à une menace permanente de licenciement légitimée par les besoins du « marché ».

La Chine, coqueluche de la sous-traitance des immenses firmes transnationales de la technologie et du Casino planétaire est une jungle en termes de droit du travail. Regardez ce qu’écrivait en 2010 un célèbre blogueur, « Chang Ping au sujet de Foxconn, fournisseur Taiwanais de composants électroniques :

« On dit en Chine que Foxconn est seul à pouvoir prétendre au titre de « Roi mondial des sous-traitants ». Ce titre ne fait pas référence au nombre de ses employés, mais plutôt à un environnement social et politique. Grâce aux impôts colossaux qu’il reverse à la collectivité, Foxconn a gagné un poids politique qui dépasse de loin son influence économique. Bien qu’il existe des lois régissant le travail en Chine, Foxconn a eu la liberté de mettre au point un système de management grâce auquel il tire une grosse partie de ses bénéfices en forçant ses employés à faire des heures supplémentaires. Même la police de Shenzen ne peut facilement faire respecter la loi au sein des installations de Foxconn, ce sont en effet des agents de sécurité privés qui y jouent le rôle de la police ».

Et voici les conditions de travail recensées dans un rapport de l’époque (marianne.fr)

Le rapport recense 6 problèmes majeurs :

  1. Bas salaires et durées de travail excessives ;
    2. Management militaire : obéissance absolue, système de quotas de production, punitions et harcèlements inhumains ;
    3. Manque de prévention et de traitement des maladies professionnelles et des accidents du travail ;
    4. Exploitation des étudiants stagiaires ;
    5. Sévérité dans la gestion des dortoirs des ouvriers ;
    6. Inefficacité des syndicats et des systèmes de doléance.

La Suisse est certainement une des  meilleures élèves du Casino, mais pour d’autres raisons. Elle licencie facilement mais surtout, elle a la capacité de refuser d’indemniser bon nombre de chômeurs dont les droits peuvent être contestés par l’armada de juristes à disposition de l’Etat… Moins l’Etat dédommage les prestations sociales et plus l’argent à consacrer aux travaux inutiles augmente. Ces ouvrages qui confinent à l’absurde et qui vont jusqu’à remplacer une bordure de trottoirs normale par de jolis et luxueux blocs de granit. Inutiles et absurdes pour vous et moi  mais qui font tellement le bonheur des firmes transnationales du génie civil et du bâtiment… Vous savez ces grands groupes qui sont les futurs employeurs de nos élus quand ceux-ci prennent leur retraite… Comme quoi l’utilité est une fonction relative et subjective, surtout quand on la finance avec l’argent des autres.…

A l’heure actuelle, nous arrivons au stade où des pillages légalisés jettent des gens à la rue. Des gens qui ne sont pas paresseux mais qui sont lésés et véritablement exploités (Je ne suis pas de gauche. Promis!). Oui un travailleur ne devrait pas être SDF. C’est un non-sens si cette personne est payée normalement au prix d’un VRAI marché..

Mais si la personne est exploitée et que les autorités ferment les yeux pour laisser des patrons voyous s’engraisser, alors TOUT devient possible. Tout et plus encore comme  de détourner l’usage des impôts de leur finalité première pour financer de faux travaux!

Vous pensiez avoir assisté au pire avec les dérives de la gouvernance publique ? Eh bien pas du tout ! Il y a pire ! La logique implacable des managers technocrates totalement déshumanisée qui font la chasse au moindre franc dépensé depuis leurs bureaux coupés du monde s’accommode fort bien non seulement de l’appauvrissement de la société mais aussi de l’esclavage.

Oui de l’esclavage !

Le chiffre de l’esclavage moderne est en progression constante. Il est mondialisé tout comme les activités financières des voyous du casino. En 2016, ils étaient 45.8 millions alors qu’ils « n »’ étaient que 36 millions en 2014 selon Free walk. Une sacrée croissance pour un business hautement rentable.

esclavage 2016

Regardez bien les photos de cette page. Il s’agit de l’esclavage d’enfants ! On les fait travailler. On les exploite. On les bat. Et pourquoi donc ? Pour payer le minimum possible les exploitations par exemple de cacao, de coton, de poissons, mais aussi dans des ateliers de textiles, de composants électroniques,…

esclavage 3.jpg

L’esclavage d’enfants compte dans une proportion d’environ un tiers des données publiées. Des millions d’enfants sont donc ainsi exploités et abusés au profit des grandes marques, marionnettes des traders des marchés financiers. Ce sont eux les acheteurs des matières premières dans une économie de marché.

Les marques ne sont qu’un packaging aux mains du Casino, créancier des immenses dettes de ces quelques firmes transnationales au centre

 Le scandale des smartphones a éclaboussé furtivement les grands noms du domaine. Mais sans conséquences durables… La preuve est la progression de ces nouveaux agents d’une mondialisation vorace et dénuée de tout scrupule.

Ces firmes transnationales qui appartiennent au casino de la finance sont les mêmes qui dorment sur des fortunes extraordinaires dans les paradis fiscaux anglo-saxons. L’affaire est bonne, les bonus aussi. Alors on regarde ailleurs et on continue de rédiger des chartes inutiles dans ces mêmes bureaux aseptisés. On s’achète en quelque sorte une bonne conscience…

Ces firmes sont aussi celles qui sont installées à Bruxelles ou sous la Coupole fédérale en tant que groupes d’influence et qui dictent règlements et normes. Mais voilà l’affaire est bonne pour les partis politiques et le recyclage luxueux des dirigeants politiques.

esclavage 1.PNG

http://www.novethic.fr/empreinte-sociale/droits-humains/isr-rse/en-2014-36-millions-de-personnes-sont-victimes-d-esclavage-moderne-dans-le-monde-142917.html

Honte à l’Occident qui fait la guerre à l’étranger pour exporter des valeurs démocratiques et de droits de l’homme qu’il ne respecte pas lui-même. Chaque dirigeant qui ferme les yeux sur le comportement de ces firmes transnationales est complice volontaire du malheur de chacun de ces enfants.

La paix, centre de toutes les palabres officielles commencent par un minimum de justice et de dignité à offrir au plus faible. Aucune paix n’est possible tant que ces êtres fragiles sont abusés. Oui c’est un abus légalisé puisque leurs clients finaux sont au pouvoir directement ou indirectement via certains dirigeants corrompus.

Liliane held-Khawam

  • VIDEO en anglais:

En 2014, 36 millions de personnes sont victimes d’esclavage moderne dans le monde

Des crevettes pêchées par des esclaves asiatiques sont vendues dans les supermarchés occidentaux. C’est ce que révélait, en juin dernier, une enquête du quotidien britannique The Gardian. Le reportage avait choqué tout le monde: les lecteurs, les consommateurs et les acheteurs de l’entreprise visée, Charoen Pokphand (CP) Foods. Ce producteur de crevettes basé en Thaïlande est en effet le principal fournisseur mondial des géants de la grande distribution comme Walmart, Costco, Aldi et Carrefour. Il est accusé d’acheter de la nourriture pour ses élevages à des fournisseurs impliqués dans un vaste réseau d’esclavage de migrants venus de Birmanie ou du Cambodge… Après les révélations du Guardian, certains distributeurs comme Carrefour avaient alors suspendu toute relation commerciale avec l’entreprise.

Mais ce cas est loin d’être isolé. En Thaïlande, près de 300 000 esclaves  travaillent dans l’industrie de la pêche, selon les propres chiffres du gouvernement. Et le nouveau rapport « the global slavery Index 2014 » publié ce 17novembre par une organisation non gouvernementale (ONG) mondiale, Walk Free, estime à 35,8 millions le nombre de personnes qui, dans le monde, sont victimes d’esclavage moderne (travail forcé, d’exploitation sexuelle, de traite d’êtres humains, ou de  servitude pour dette ou de mariage forcé/arrangé) (1)

Cessez de soutenir l’esclavage des enfants en évitant ces 7 Entreprises

En faisant cet article, j’ai eu les larmes aux yeux. Je pense que tout le monde devrait prendre conscience de cette horreur. Car nous pouvons et devons tous faire quelque chose.

Qui n’aime pas le chocolat?

Les Européens et les Américains c’est sûr. En fait, le citoyen Français en mange 6,6 kg par an, les européens ont une consommation d’en moyenne 1,99 kg par personne, et l’américain mange plus de 5 kg de chocolat chaque année. Mais il y a un inconvénient à cette gourmandise au-delà des ingrédients simplement douteux.

Beaucoup d’entre nous achètent le chocolat sans penser d’où il vient et comment il est fait, et cela pose un problème, car plusieurs grandes entreprises ont été accusés d’avoir recours à l’esclavage des enfants pour vous donner votre dose de chocolat.

Septembre dernier, une plainte a été déposée contre une liste d’entreprises qui comprend Hershey, Mars et Nestlé, affirmant que ces entreprises incitaient leurs consommateurs dans le financement du commerce du travail forcé des enfants en Afrique de l’Ouest.

Cela a été une cause de préoccupation dans l’industrie du chocolat ces 15 dernières années. Le cacao est l’ingrédient principal dans le chocolat, dont la plus grande partie est cultivée en Afrique de l’Ouest. Les deux plus grands producteurs étant la Côte-d’Ivoire et le Ghana, qui représentent environ 60 pour cent de l’offre mondiale de cacao.

Beaucoup d’entreprises au sein de l’industrie du chocolat dépendent presque exclusivement de l’Afrique de l’Ouest pour leur approvisionnement en cacao, mais la plupart du cacao est produit sur de petites exploitations par des agriculteurs qui souffrent d’une pauvreté extrême. Ces extrêmes se traduisent souvent par le travail des enfants. En 2001, l’industrie du chocolat a promis de mettre fin aux pratiques en Côte – d’Ivoire et au Ghana d’ ici à 2005, mais cette échéance a été maintes fois repoussée. Maintenant, l’espoir est d’ éliminer pleinement ce fléau d’ici 2020 .

Pour comprendre pourquoi cela est si important, vous devez regarder au – delà de l’argent et du chocolat. Vous avez besoin de prendre conscience de la réalité de la situation de ces enfants. Âgés de 11 à 16 ans, et parfois même plus jeune, les conditions dans lesquelles vivent ces enfants esclaves sont macabres; se retrouvant emprisonnés dans des zones isolées, ces enfants sont amenés à travailler 80 à 100 heures toutes les semaines.

Ils sont souvent battus à coup de poing, avec des ceintures et des fouets – témoignent les enfants libérés qui ont parlé sur la question dans le film Esclavage: une enquête globale. « Les coups faisaient partie de ma vie », a expliqué Aly Diabateun esclave libéré. « Chaque fois qu’ils vous faisaient chargés des sacs (de fèves de cacao) et que vous en laissiez tomber en les transportant, personne ne vous venait en aide. Au lieu de cela, ils vous battaient et parfois même jusqu’à ce que vous ramassiez tout. » (lire la suite sur le site)

 

4 réflexions sur “L’esclavage, l’ultime perversité du Casino planétaire. Liliane Held-Khawam

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    Le nouveau capitalisme criminel
    Entretien avec Jean-François Gayraud
    Par Jean-François GAYRAUD, Pierre VERLUISE, le 30 mars 2014 Imprimer l’article lecture optimisée Télécharger l’article au format PDF

    Jean-François Gayraud est commissaire divisionnaire de la police nationale et essayiste. Il vient de publier aux éditions Odile Jacob : « Le nouveau capitalisme criminel ». Il poursuit avec ce livre l’édification d’une « géopolitique et d’une géo économie du crime. P. Verluise est Directeur du Diploweb.com.

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    Géopolitique du capitalisme criminel. Le Commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud vient de publier un ouvrage remarquable : « Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence », aux éditions Odile Jacob. Il répond aux questions de Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com.

    Pierre Verluise : Quelle est la part de la criminalité dans la crise financière de 2007-2008 ?

    Le capitalisme est désormais criminogène

    Jean-François Gayraud : Pour comprendre ce qui s’est produit en 2008 avec la crise des subprimes, il faut d’abord diagnostiquer le contexte global. Quel est-il ? Le capitalisme s’est profondément ré agencé à partir des années 1980, aux Etats-Unis et ailleurs, à partir d’une doxa néo libérale. Le nouveau visage du capitalisme comporte depuis des dynamiques et des vulnérabilités aux comportements criminels particulièrement fortes. Ce capitalisme est devenu excessivement dérégulé, mondialisé et financiarisé. Ces trois caractéristiques font que ce capitalisme est désormais criminogène : il recèle des incitations et des opportunités aux fraudes d’une intensité nouvelle. La crise financière s’est déclenchée aux Etats-Unis à partir d’un petit secteur financier : le marché de l’immobilier hypothécaire. La bulle immobilière fut en partie gonflée par des pratiques de crédit totalement frauduleuses ; des centaines de milliers de prêts furent perclus d’infractions toutes simples : faux en écriture, abus de confiance, escroqueries, abus de faiblesse, etc. Par le biais du mécanisme de la titrisation et d’agences de notation complaisantes ou franchement malhonnêtes, ces fraudes se sont retrouvées dans les fameux « produits financiers innovants » vendus sans devoir de précaution et de conseil sur les marchés à Wall Street. La bulle boursière s’est ainsi à son tour formée à partir de véritables fraudes. C’est pourquoi la crise des subprimes peut être rebaptisée sans exagération de crise des subcrimes . L’analyse criminologique que je propose ne relève donc pas de la métaphore facile par laquelle « fraude » serait simplement le synonyme de « prédation ». Il s’agit de vrais crimes, mais qui n’ont pas reçu de décantations judiciaires sérieuses ! D’ailleurs, le rapport de la grande commission d’enquête du Sénat des Etats-Unis (FCIC) qui est venu ensuite autopsier cette crise utilise le mot « fraude » 147 fois ! Est-ce vraiment un hasard ? J’ai analysé la crise des subprimes sous cet éclairage criminologique dans La grande fraude (Odile Jacob) en 2011. Et je me livre dans Le nouveau capitalisme criminel (Odile Jacob, 2014) à un exercice similaire pour d’autres crises financières issues de la dérégulation : Japon, Mexique, Albanie, etc.

    Le nouveau capitalisme criminel

    P.V. : Votre approche est innovante, me semble t-il ?

    Dans le contexte de la mondialisation, le crime est désormais une réalité centrale et non une marge folklorique

    J.-F. G : Je tente depuis ces dernières années de donner corps à une véritable « géopolitique et géo économie du crime ». Je souhaite que la criminologie sorte d’une certaine torpeur, d’un certain vase clos, afin qu’elle prenne le grand air de la modernité et des grands espaces de la mondialisation. Le crime est désormais une réalité centrale de la modernité et non une marge folklorique. Dans Le nouveau capitalisme criminel, j’entreprends à nouveau d’éclairer des phénomènes de niveau macro économique, en l’occurrence ici des crises financières, avec la lumière criminologique. Je ne sous estime pas combien une telle entreprise peut se heurter à de multiples objections, en particulier en France où la réflexion sur le crime est monopolisée par une sociologie criminelle misérabiliste, obsédée par la « culture de l’excuse » et qui ne sait même plus lever la tête pour s’intéresser aux crimes élitistes : ceux des élites légales mais aussi ceux des élites du crime. Les cloisonnements disciplinaires traditionnels dans les milieux académiques et un positivisme un peu étroit consubstantiel à la pensée économique font que le crime est rarement invité dans la réflexion globale. C’est à mon sens un oubli mortifère car on s’interdit de porter un diagnostic juste sur certaines pathologies issues de la modernité post guerre froide.

    P.V. : Depuis la crise, la régulation a-t-elle vraiment progressé ?

    J.-F. G : Non. Toutes les lois votées sont purement cosmétiques. Elles n’ont pas su ou pas pu toucher à l’architecture et à l’économie du système financier international, en particulier dans ce qu’il a de plus déviant et criminogène.

    Il n’y a jamais de « crise financière » stricto sensu ; il n’y a que des crises politiques.

    Les modifications apportées ne relèvent pas du changement de cap. Les législateurs européens et américains se sont contentés de rajouter des canots de sauvetage autour du Titanic. Canots qui bien évidemment ne profiteront qu’aux premières classes lors de la prochaine crises financière. Ce qu’il faut comprendre, c’est que, d’une certaine manière, il n’y a jamais de « crise financière » stricto sensu ; il n’y a que des crises politiques : il faut en effet interroger les dispositifs normatifs et les politiques publiques qui en amont mettent en place des systèmes aussi dérégulés et criminogènes. Et à ce stade du raisonnement il convient alors de comprendre comment sont votées les lois de dérégulation et comment se font les élections ? D’où vient l’argent des campagnes électorales et quel est le poids du lobby de la finance ? Les principes mortifères issus du fameux « consensus de Washington » ne tombent pas de la planète Mars ! La finance impose désormais un rapport de force – feutré en apparence mais violent en coulisse – aux pouvoirs politiques contemporains. Nombre d’Etats sont littéralement « capturés » par les puissances financières. Et ce phénomène ne touche pas que les seuls « paradis fiscaux et bancaires » ! Le phénomène est central aux Etats-Unis. Par exemple, qui est le premier employeur en France des inspecteurs des finances ? Bercy ou les quatre grandes banques universelles qui font habituellement notre fierté ? Cela crée sans nul doute possible, de manière mécanique, de subtiles convergences de vues aux conséquences profondes….

    P.V. : Pourquoi le trading de haute fréquence pourrait-il provoquer de nouveaux effondrements partiels ou systémiques ?

    Les lois votées sont purement cosmétiques et les régulateurs en charge de la police des marchés sont quasiment devenus aveugles…

    J.-F. G : Sans débat public, à bas bruit, les marchés financiers fonctionnent depuis une vingtaine d’années autour d’ordinateurs et d’algorithmes surpuissants, dans un monde plus proche des romans de Philipp K. Dick que des récits balzaciens. A la très grande vitesse de la nanoseconde, des centaines de milliers de transactions irriguent en continu les plate formes boursières dispersées sur toute la planète. Or cette équation « très grands volumes » et « très grande vitesse » produit de l’invisibilité sur les marchés ; une invisibilité telle que les régulateurs en charge de la police des marchés sont devenus quasi aveugles. Le THF n’est pas qu’un outil ; ou plus précisément, comme tous les outils, il n’est pas neutre. Comme toute technique, quelqu’en soit l’utilisation bonne ou mauvaise, elle transforme profondément tant l’architecture que le fonctionnement des marchés financier contemporains. Les très grandes banques et les fonds spéculatifs, qui sont les acteurs centraux du « THF », expliquent que cette technique est utile et saine. On ne peut que douter, me semble t-il, de l’utilité sociale de cet outil, mais c’est un débat macro-économique hors de mon coeur de sujet. En revanche, le « THF » pose trois séries de problèmes relevant clairement de la sécurité nationale. Et ces trois questionnements ne sont jamais exposés. D’abord, l’outil du « THF » ne peut que développer les fraudes financières à grande échelle : leur invisibilité matérielle et intellectuelle risque en effet d’être un encouragement permanent aux mauvaises pratiques et pour les mauvais acteurs. Ensuite, pour sortir du cadre pénal, on peut s’interroger sur l’économie même de cette technique : n’a-t-on pas légalisé le délit d’initié, encouragé la concurrence déloyale et institutionnalisé la spéculation criminelle ? Enfin, on sait que les marchés financiers fonctionnant avec le « THF » subissent des tensions constantes ; déjà, des effondrements se produisent régulièrement : parviendra-t-on à contenir les suivants ?

    P.V. : Pourquoi, à ce jour, la lutte contre l’argent sale reste-t-elle un échec flagrant ?

    J.-F. G : Les Etats ne parviennent à capter que moins de 1% de l’argent sale. Pourquoi ne le dit-on pas ? Pourquoi une telle omerta ? J’essaye de détailler les causes profondes, structurelles, de cet échec, au delà des petites explications ponctuelles et techniciennes que l’on nous assène en général. Il y a me semble t-il trois raisons majeures que je ne vais ici qu’effleurer. L’une est temporelle et historique : ce combat est très récent ; il n’a vraiment pris une certaine consistance que depuis la fin des années 1990. La deuxième est plus géopolitique : l’existence de dizaines d’Etats pirates à travers le monde, de type paradis fiscaux et bancaires, qui constituent autant de trous noirs permanents dans la raquette de la régulation et du contrôle. Enfin, il y a une causalité relevant du droit : nous autorisons ou laissons se développer les instruments juridico financiers d’opacification et d’anonymisation de la propriété du capital que sont par exemple les trusts et autres fiducies.

    C’est tout le biotope démocratique qui est bouleversé par l’argent du crime.

    La question du blanchiment d’argent est centrale car l’argent recyclé dans l’économie légale permet au crime non seulement de jouir de ses profits mal acquis, mais surtout d’acquérir des parts de l’économie et de la finance légales ; et par conséquent de se doter face aux pouvoirs élus d’une position haute. Contrairement à ce que nous assène la doxa libérale dans sa version la plus fondamentaliste, l’argent du crime n’est jamais neutre : il est faux de considérer que Pecunia non olet. En se blanchissant d’un point de vue formel, en se légalisant, l’argent du crime vient griser voire noircir les institutions légales, quelles soient politique, économiques ou financières. C’est tout le biotope démocratique qui en est bouleversé. Ce qui semble se blanchir noircit en réalité notre monde légal. Ces transformations invisibles sont comme toujours les plus profondes et les plus durables, donc les plus dangereuses.

    Copyright Mars 2014-Gayraud-Verluise/Diploweb.com

    Plus

    Jean-François Gayraud, Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence, aux éditions Odile Jacob, 2014, 368 pages. ISBN : 9782738130723

    Jean-François Gayraud

    Financiarisé, mondialisé et dérégulé à l’excès, le capitalisme n’est-il pas devenu criminogène, tant il offre désormais d’opportunités et d’incitations aux déviances frauduleuses ?

    C’est ce qu’indique la dimension criminelle qu’ont prise certaines crises financières, au Japon, en Albanie, en Espagne ou encore au Mexique et en Colombie. C’est ce qu’implique l’extension du trading de haute fréquence, qui permet de négocier à la nanoseconde des milliers d’ordres de Bourse. Et c’est enfin ce qu’induit le blanchiment d’argent sale à travers les narcobanques.

    Éclairant toujours plus profondément la géo-économie et la géopolitique du crime organisé, Jean-François Gayraud montre ici que, sur les marchés financiers, le crime est parfois si systématique qu’il en devient systémique dans ses effets. De curieuses coopérations et hybridations se nouent ainsi entre criminels en col blanc, gangsters traditionnels et hommes politiques corrompus.

    Il s’interroge aussi sur le devenir de la finance : portée par sa seule volonté de puissance, par-delà le bien et le mal, n’est-elle pas en train de s’affranchir de la souveraineté des États ? Dès lors, face à des puissances financières aux arcanes si sombres, quelle liberté reste-t-il ?

    Voir sur le site des éditions Odile Jacob
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    | Dernière mise à jour le dimanche 4 septembre 2016 |

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  2. Pour ce qui concerne « l’esclavage moderne » il y a ironiquement une bonne nouvelle parce que ce sera bientôt l’esclavage des robots. Foxconn va acheter un million de robots pour assembler les jolies Apples, le même pour les autres grandes entreprises esclavagistes, le problème c’est que les esclaves actuelles seront les affamées de demain. Le capitalisme prédateur dérivé de l’homo sapience et en train de détruire tous sur son passage, détruisant l’espérance de vie des autres 99% d’humains est toutes les espèces vivantes, par millions toutes les espèces vivante sur cette planète ont été anéanties sans scrupules, les océans ont été vidés de vie en laissant quelques espèces survivante dans un océan de nos déchets.

    Non je ne peux pas affirmer que l’homo sapience ce soit évoluée en sagesse créative c’est plutôt devenu un vorace intelligent prédateur sans scrupule qui est en train de dévorer ses propres fils pour exploiter une planète qu’elle survivra encore longtemps malgré toutes les cicatrices, mais qui est en train de nous détruire en nous empoisonnant dans notre propre poison mortelle de nos déchets de notre « croissance économique, le fameux PIB. Comme enseignais les autochtones de l’Amérique du Nord qui était plein de sagesse de respecter notre mère terre, cela a été oublié et détruit toute cette sagesse (y compris la majorité des autochtones indiens) par une nouvelle espèce de prédateur qui sont aujourd’hui aux commandes sur cette planète. Que ce soit européen, américain, asiatique ou autres, une seule espèce a pris le pouvoir, les hommes prédateurs cannibales de leur propre espèce.

    S’il y a une chose qui fera justice c’est que les prédateurs qu’on détruit tout sur terre ne pourront jamais aller conquérir et détruire une nouvelle planète, malgré toute leur dépense folle, parce que l’univers est trop énorme pour que c’est prédateurs puisse se sauver et aller causer autres morts, ils devront tous mourir avec leur innombrable parasites familles ici sur terre. Amen

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