Les banques centrales fabriquent les bulles. Par Bruno Bertez

Axel Weber, ancien Président de la Bundesbank, a quitté  en 2011. C’est un grand, un grand banquier et un penseur de l’orthodoxie. C’est aussi, comme on dirait en Anglais, pour le banaliser-on banalise toujours la contestation dans nos systèmes- c’est aussi un « Contrarian ».

Dans un papier remarquable, diffusé cette semaine par  Project-Syndicate.org, il explique que depuis le début de la crise de la dette souveraine, nous suivons la mauvaise pente, « the wrong track ». Il dénonce la nouvelle pseudo-orthodoxie des Banquiers Centraux, la nouvelle pensée dominante  qui conduit à se fixer des objectifs arbitraires d’inflation.

Nous l’avons  toujours dit, « l’inflation targeting » est une idiotie, une erreur de la pensée et une hérésie théorique qui conduiront  à des catastrophes pratiques. L’inflation targeting, qui consiste à vouloir à tout prix s’opposer à la baisse tendancielle des prix produite par le progrès des techniques et  des processus de production, est anti-économique, elle est anti-naturelle et, à ce titre, elle crée et accumule des déséquilibres, lesquels, un jour, atteignent une phase critique et, échappant à la linéarité, provoquent La Crise. On ne commande à la nature qu’en  lui obéissant, répétons-nous souvent, s’opposer à la tendance longue à la baisse des prix est une folie Méphistophélienne.

L’inflation targeting a un effet secondaire pervers, lequel consiste  à détruire les mécanismes ré-équilibrants du mouvement, du progrès économique. Le progrès corrige ses erreurs, les efface en… marchant, et le niveau des prix  absolus et relatifs joue un rôle essentiel dans ces mécanismes correcteurs. Ce n’est pas rien.  L’inflation targeting, c’est l’introduction d’un artifice qui produit des fausses valeurs, des faux prix, et qui, à ce titre, pervertit toute l’allocation des ressources, toute la manifestation des préférences et surtout détraque tous les signaux. Les signaux horizontaux, ici et maintenant, et les signaux verticaux, c’est à dire les rapports entre le présent et le futur.

Que dire d’une politique économique et monétaire fondée sur un concept contestable, man-made, comme l’inflation des prix d’une sélection de biens et de services? Des inflations, il y en a autant que l’on en veut. Il n’y a pas d’inflation « en soi », il n’y a que des inflations projetées idéologiquement par le cerveau de celui qui a intérêt à considérer cette inflation-là et pas une autre. Par exemple, l’inflation des prix des biens et services et pas celles des prix des assets.  Il n’y a aucune définition conceptuelle rigoureuse qui donnerait à l’inflation le statut d’opérateur scientifique efficace, utile, universel. Il n’y a ni définition conceptuelle de l’inflation, ni mesure.

Est-ce qu’il est intelligent, logique, de fonder la politique monétaire de la Fed sur  une inflation  arbitraire, mesurée par le CPI ou le PCE,  qui en fait vient essentiellement, non pas du système américain qu’il s’agit de réguler, mais du système chinois ou des Emergents? C’est l’équivalent de régler le thermostat de son chauffage à Miami, sur une mesure de la température importée de Shanghai. La preuve que ce réglage est défaillant, c’est qu’il conduit à des importations excessives, à des désindustrialisations, à une surconsommation, à un déficit extérieur chronique, à un déficit structurel du budget de l’Etat et à un surendettement qui oblige à des aberrations comme les taux zéro et les QE.

Accessoirement, comme si un crime ne suffisait pas, l’inflation targeting repose sur une accumulation de crédits et de créations monétaires qui enrichissent les uns et appauvrissent les autres. Qui, au lieu d’être détruits par la Loi de la Valeur, la Loi de la Rareté, s’empilent et finissent par être hors de proportion avec les richesses réelles, la production réelle, les revenus réels.

L’inflation targeting est inséparable de la production de bulles, de la gestion par les bulles, inséparable de la fabrication des inégalités. L’inflation, dans l’inflation targeting, doit être produite par l’homme et cette production, elle a un coût. Rien n’est gratuit.

Ce coût, que nous avons maintes fois identifié, est celui décrit par Axel Weber dans son article. La thèse de Weber est que « la stratégie qui consiste à se focaliser sur un objectif arbitraire pour les hausses de prix d’une sélection de biens et services, cette stratégie ne voit le monde monétaire que d’un seul œil. En conséquence, il en résulte qu’elle ne voit pas  l’accumulation, l’empilement cumulatif  qui se construit au niveau des prix des assets financiers  et des dettes. Accumulation, empilement qui ont produit la dernière crise (meltdown) . Ah, l’effet de stocks qui se constituent au passif,  voilà le grand absent de la pensée soi-disant classique, c’est le grand absent des modèles de nos génies du MIT.

Axel Weber fournit une construction graphique qui représente, d’un côté l’évolution de M 3(M3 yoy growth)  et, de l’autre,  les prix (HCIP yoy growth ) tels qu’ils sont définis par les institutions dans l’Eurozone. Il pointe l’inadéquation des signaux fournis par les prix: les prix sont un indicateur retard, « lagging ». En revanche, l’envolée de M3 est précurseur, elle avertit de la montée des déséquilibres. Les apprentis sorciers qui veulent s’opposer aux lois fondamentales du progrès des techniques, des processus de production véhiculés par la concurrence, ces illusionnistes créent les déséquilibres  qui conduisent aux crises. Les crises sont man-made, cyniques. C’est nous qui l’ajoutons.

Surveiller la quantité de monnaie en circulation est passé de mode. Le choix des responsables européens d’abandonner les références à la « money suply » il y plus de 10 ans est dangereux:

« il distord les structures économiques, il bloque la destruction créatrice, il entretient l’aléa  moral et sème les graines de l’instabilité future ».

Vous avez bien lu, ce n’est pas nous qui parlons, c’est Axel Weber. Pas besoin d’être monétariste pour aboutir à ces conclusions, il suffit de comprendre ce qu’il y a derrière le langage à la Diafoirus des économistes et de démasquer les impostures du verbiage. Le bon sens, une fois que l’on mis à bas les idoles, les faux dieux et les fausses logiques, le bon sens suffit.

Nous ne suivons pas entièrement Axel Weber, dans son parcours monétariste, mais les conclusions auxquelles il parvient nous conviennent tout à fait :

  • -il prône le suivi : « d’une batterie d’objectifs (targets) depuis les agrégats monétaires, jusqu’à la création de crédit, les taux d’intérêt, les taux de change, les prix des assets et les prix des matières premières ».
  • -il affirme: « la stabilité des prix à court terme ne garantit pas la stabilité économique, financière et monétaire, il est temps pour les Banques Centrales d’accepter ce fait et d’adopter une politique monétaire de long terme fondée sur cette approche ».

Axel vient de nous donner en  quelques phrases  les conditions du retour à une croissance saine, auto-entretenue, productive de profits et d’emplois pour le plus grand nombre

Une politique enthousiasmante à laquelle, si elle était appliquée, beaucoup auraient à cœur de contribuer.

Bruno Bertez

Source: le blog à lupus

2 réflexions sur “Les banques centrales fabriquent les bulles. Par Bruno Bertez

  1. Pingback: Les gagnants des largesses des banquiers centraux: l’exemple de Apple, par Liliane Held-Khawam | Le blog de Liliane Held-Khawam

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