Le Conseil fédéral et la Finma priés de rattraper le train du yuan (par Alexis Favre dans le Temps du jeudi 05 juin 2014)

La pression est montée d’un cran mercredi à Berne. Pour que la Suisse ne rate pas le virage de l’internationalisation du yuan (ou renminbi), la devise chinoise appelée à devenir, selon l’Association suisse des banquiers (ASB), l’une des trois plus importantes monnaies de réserve à l’horizon 2020.

La Suisse est sur les rangs depuis longtemps, mais Francfort et Londres l’ont devancée, devenant en mars les deux premières plateformes européennes de négoce en yuans. Un revers pour la Suisse, alors que l’accord bilatéral de libre-échange entre en vigueur le 1er juillet. Conséquence: une entreprise suisse qui veut commercer en yuans avec la Chine doit encore s’adresser à une banque de Singapour ou de Hong­kong – ou désormais de Londres ou de Francfort – pour changer ses francs en dollars, en euros ou en livres sterling, puis en yuans. Avec les frais et risques de change que cela suppose. Autant de freins au développement des relations commerciales bilatérales, nombre de sociétés chinoises ne traitant qu’en yuans.

Les milieux économiques suisses et leurs relais parlementaires enjoignent à Berne de ne pas laisser filer le train. Le National a adopté hier une motion chargeant le Conseil fédéral «d’œuvrer […] à l’approfondissement des relations commerciales et monétaires avec la Chine».

Pour que la Suisse devienne, elle aussi, un hub de trading en yuans, deux obstacles sont à surmonter: d’abord, la Banque nationale suisse (BNS) doit signer un accord de conversion de monnaie – accord swap – avec la Banque populaire de Chine. Accord en cours de négociation ­entre les deux banques nationales. Ensuite, une banque chinoise doit s’établir en Suisse pour servir de contrepartie pour les échanges en yuans, et donc obtenir une licence bancaire de la part de la Finma. Problème: depuis que Bank of China a cédé ses activités suisses à Julius Baer, en 2012, plus aucune banque chinoise n’est active sur sol suisse.

«Pas très pressé»

Or, déplore la conseillère aux Etats Karin Keller-Sutter (PLR/SG), «le Conseil fédéral ne donne pas l’impression d’être très pressé sur ce sujet». La sénatrice attend du gouvernement «qu’il donne à la BNS le soutien politique dont elle a besoin pour négocier». Pour le conseiller national PDC Guillaume Barazzone – membre de l’exécutif de la Ville de Genève – «ce dossier a une importance stratégique pour la Suisse et pour Genève. Devenir un hub de négoce en yuans favoriserait le commerce entre nos deux pays, aiderait les PME exportatrices et le secteur du négoce, serait un atout pour la place financière suisse qui doit se réinventer. Il s’agit de maintenir ou de créer des emplois en Suisse, dans un créneau d’avenir.» Et d’exhorter le Conseil fédéral à «nouer des contacts au plus haut niveau, par exemple pour aider à ce qu’une banque chinoise manifeste son intérêt à s’établir en Suisse. Il faut un signal politique fort du Conseil fédéral et la Finma doit se montrer plus réceptive.»

Source : Le Conseil fédéral et la Finma priés de rattraper le train du yuan, Le Temps, 5 juin 2014

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