L’école numérique, une pépinière pour de futurs cyborgs. Vincent Held

« Pourquoi avons-nous [encore] une école publique aux États-Unis ? » (Bill Gates, 2015)

Alors que les enfants de l’élite, les dieux autoproclamés,  fréquentent les écoles où leurs enfants apprennent à lire dans de vrais livres et à écrire dans des cahiers bien concrets, les enfants des désormais « inutiles » doivent se contenter d’être happés par des appareils sous contrôle de la BigTech de la Silicon Valley californienne.

Bill Gates n’en a pas fini avec l’enterrement de l’humanité en général et de la société en particulier. Il est, rappelons-le, l’associé de Warren Buffet l’autre milliardaire dans Berkshire Hathaway. Dans un échange de bons procédés, Warren Buffet est un des gros pourvoyeurs de fonds de la Bill&Melinda Gates Foundation.

Ces représentants de la très haute finance mondiale s’intéresse beaucoup trop à vos enfants. Et ils rêvent de posthumanisme.

Récemment Mme Gates confiait dans un interview à CNBC que si elle devait tout refaire aujourd’hui, elle se dirigerait vers la combinaison de la technologie avec la biologie.

https://www.cnbc.com/video/2019/06/14/melinda-gates-the-best-advice-warren-buffett-gave-me.html   (1’38)

La pandémie actuelle représente une occasion rêvée pour préparer une pépinière de cyborgs … grâce à l’école numérique.

LHK

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ECOLE NUMÉRIQUE • Comment les GAFAM vont tuer l’enseignement public. Vincent Held/Antipresse

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fermeture des écoles n’aura pas pris les GAFAM au dépourvu ! Il y a en effet belle lurette que les géants du numérique se préparent à fournir des prestations « d’enseignement à distance ». Google Classroom, Apple School Manager, Microsoft Educator Center, ou encore Facebook Blueprint (dont l’interface ressemble à s’y méprendre à celle de Microsoft): autant d’invitations faites aux écoles et universités à mettre en place des classes numériques pour standardiser le suivi de leurs élèves.
Concernant Facebook en particulier, il y a plusieurs années que celle-ci expérimente avec les élèves des écoles Summit Schools (dont Bill Gates se trouve être un actionnaire), en leur proposant des plans d’étude sur-mesure, générés automatiquement par un logiciel. Une approche qui transforme les enseignants en mentors, chargés de suivre les progrès de chaque élève dans la réalisation de son «projet éducatif personnalisé». En d’autres termes: les «leçons» traditionnelles sont largement remplacées par des «ressources» disponibles en ligne et «la plupart du temps gratuites».

Il apparaît donc que les salaires d’enseignants ainsi économisés permettent non seulement d’investir dans le «suivi personnalisé» de chaque élève, mais également d’acheter sur Internet les contenus didactiques qui feraient défaut.
Et cela tombe bien, car Amazon vient justement de créer un marketplace spécifiquement dédié à «l’achat et la vente de ressources éducatives». Avec un certain sens de l’à-propos!

Une école bas de gamme… mais parfaitement inclusive!

À ce stade, il nous faut admettre que les géants du numérique sont en train de développer un modèle d’école bas de gamme, requérant moins de personnel enseignant — et, à terme, moins de salles de cours. C’est précisément pour favoriser ces nouvelles «technologies pédagogiques» que l’UE a lancé l’European Schoolnet Network, qui abrite par exemple le # MicrosoftEDULab, financé par la société de Bill Gates. (Parmi les entreprises partenaires, l’on compte également Google for Éducation pour «l’enseignement à distance», ou encore… LEGO Éducation, qui ambitionne de «développer les capacités cognitives des enfants» à l’aide de jeux de rôles rigoureusement inclusifs.)

Or la Suisse, contrairement à l’Autriche, est un pays membre de l’European Schoolnet Network. C’est donc fort logiquement qu’un grand nombre d’institutions pédagogiques helvétiques s’inscrivent dans ce modèle novateur de l’école numérique. Outre le site officiel de la Confédération (Educa.ch), l’on pourrait citer la Conférence intercantonale de l’instruction publique de Suisse romande, le Portail pédagogique fribourgeois, la HEP du canton de Vaud

Les enseignants qui collaborent aujourd’hui à la mise en place de projets «MITIC» se doutent-ils qu’ils travaillent à leur propre éviction par des logiciels bas de gamme? D’ailleurs, n’est-ce pas le but de certaines de nos institutions (les HEP, pour ne pas les nommer) que de remplacer l’instruction par la pédagogie?
Certes, votre enfant ne maîtrisera ni la grammaire ni l’orthographe. Certes il n’aura aucune possibilité de développer un quelconque esprit critique. Certes il n’aura pas véritablement l’occasion de se découvrir un goût pour la grande littérature. Certes il n’aura pas la possibilité de pratiquer les langues étrangères avec un interlocuteur de bon niveau. Certes sa capacité à résoudre des systèmes d’équations sera quelque peu limitée. Mais il aura appris à travailler de manière autonome! Mais il pourra «faire une utilisation critique et maîtrisée» des réseaux sociaux! Mais tout ce qu’il écrira sera automatiquement corrigé par un logiciel respectant les codes de l’écriture inclusive! Mais il sera repris à chaque fois qu’il aura employé par mégarde une expression «sexiste» ou autrement discriminatoire! Mais les autistes que l’école vaudoise cherche à toute force à intégrer dans les classes normales bénéficieront enfin d’une parfaite égalité des chances! Car il n’y aura plus de débats dans les classes. Chacun sera concentré sur son propre projet éducatif personnalisé. L’école deviendra le paradis des autistes! Elle deviendra enfin réellement inclusive.

Un projet qui peut compter sur le soutien de l’EPFL

On commence à comprendre l’intérêt de Bill Gates pour le système d’enseignement «common core», avec ses objectifs d’apprentissage spectaculairement bas et sa volonté farouche d’inclure dans ses cohortes les élèves les plus inaptes — et en particulier les autistes. Alors que l’intelligence artificielle permettrait déjà de remplacer une part considérable des emplois existants, l’école publique a vocation à devenir une voie de garage numérique. Dans une telle optique, seuls les enfants qui auront été «détectés» comme «surdoués» pourront encore bénéficier d’une scolarité de qualité raisonnable. De même que ceux dont les parents pourront se permettre de leur offrir l’école privée. (On comprend ainsi mieux d’où vient la mode récente des «écoles pour surdoués» qui ont fleuri un peu partout sous nos latitudes depuis quelques années. Il faudra bien faire quelque chose de ces enfants que les hochets technologiques de l’école numérique ne parviendront pas à occuper. Et l’on ne peut pas abandonner tout l’enseignement supérieur aux diplômés des écoles privées…)
Fridays for future et «grèves» en tous genres (du climat, des femmes, de l’avenir…) pour les décérébrés accros au smartphone et à la «tablette pédagogique». Enseignement à l’ancienne et vrais emplois à la clé pour les fils de bonne famille et les «hauts potentiels», qui emploieront les précédents comme jardinier, nounou, cuisinier — ou même chauffeur. Une perspective modérément réjouissante pour les classes modestes…

Or, voilà que la très réputée École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) semble vouloir encourager l’émergence, en Suisse, du système d’école publique au rabais que cherchent à nous imposer les GAFAM!
Difficile en effet d’interpréter autrement l’attitude déroutante du président de l’EPFL, qui se félicitait récemment de la rapidité avec laquelle les écoliers suisses s’étaient adaptés à «la pédagogie numérique» suite à la fermeture des écoles. Les élèves risquent de présenter des lacunes en français? Mais voyons, «ces jérémiades sont vieilles comme le monde»! Ils ne sauront bientôt plus résoudre «de simples opérations de mathématiques»? Allons donc, est-il réellement besoin de savoir calculer pour étudier la biologie? D’ailleurs le niveau ne peut pas chuter si vite que cela. Et puis, il y aura toujours des occasions de «rattrapage». Etc.

Il faut ici préciser que les Écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich ont signé en 2013 un partenariat de «recherche» avec Microsoft Research, qui porte par exemple sur le système Hololens, une «application éducative» de réalité virtuelle. Nous inviterons le lecteur à comparer cette présentation commerciale du produit avec ce que l’on peut voir dans cet épisode des Simpsons et à s’émerveiller du parallélisme à la fois cruel et comique entre les deux. Un écran de fumée technologique pour masquer l’effondrement du niveau de l’enseignement public!
On remarquera dans tous les cas que nos deux Écoles polytechniques sont en train d’étoffer leur propre offre de «cours de masse en ligne» (ou «MOOCs», en anglais)… Or, il s’agit -là d’un outil standard de «l’éducation numérique» low cost, dont le canton de Vaud souhaite par exemple développer l’usage dans ses centres de formation pour apprentis.

Le fait que les Écoles polytechniques soient, elles aussi, en train d’investir le champ de l’éducation numérique low cost n’est sans doute pas anodin. Même s’il ne s’agit visiblement là, pour l’essentiel, que d’un produit d’exportation à l’intention des pays dits «émergents»…
Pour conclure, nous insisterons sur le fait que l’enseignement de l’ignorance, qui est le véritable objet de «l’école numérique», est un coproduit de la révolution de l’IA et des conséquences désastreuses que celle-ci doit produire sur l’emploi. C’est ce qu’a très bien expliqué Xavier Comtesse il y a de cela deux ans, dans une brève, mais passionnante publication consacrée à l’évolution des systèmes éducatifs:

«L’éducation à grande échelle n’a pas été créée pour motiver les enfants ou pour former des savants, elle a été inventée pour former des adultes destinés à faire fonctionner un certain système productif.»

Or, notre système productif a de moins en moins besoin de ressources humaines, que ce soit en termes de bras… ou de cerveaux.

  • Vincent Held/29.4.2020

Note

Le 19 avril dernier, le président de la Société pédagogique vaudoise (SPV) avait déclaré de manière péremptoire: «Il ne sera pas possible de rouvrir les classes le 11 mai»! On peut s’étonner de la hardiesse de ce diplômé en gestion, communication et autres «systèmes éducatifs», dont le CV ne porte pas la trace d’une quelconque expérience médicale. Il est pour le moins stupéfiant que les analyses épidémiologiques de ce syndicaliste aient pu être relayées par tant de médias romands…
Sans préjuger des intentions des uns et des autres, il importe de souligner le caractère scandaleux de cet obscurantisme décomplexé. Par ailleurs, sur un plan plus pratique, force est de constater que tout retard à la réouverture des classes favorise le développement de «l’école numérique». De telle sorte que les syndicats enseignants qui réclament un étalement de la rentrée scolaire «de façon progressive jusqu’au mois de juillet» (!) militent, de facto, en faveur de leur propre obsolescence professionnelle.

Source https://antipresse.net/ecole-numerique-comment-les-gafam-vont-tuer-lenseignement-public/?fbclid=IwAR33wUxOVBvwYR45OeMup3ZO1Xj9zYlwU5F2OwfWcNWmIm6wHQj_XZvr49Q

Les livres de Vincent Held livrables via le site https://reorganisationdumonde.com/

4 réflexions sur “L’école numérique, une pépinière pour de futurs cyborgs. Vincent Held

  1. Pingback: Le blog de Liliane Held-Khawam:L’école numérique, une pépinière pour de futurs cyborgs. Vincent Held – chaos

  2. Pingback: L’école numérique, une pépinière pour de futurs cyborgs. Par Vincent Held – Les moutons enragés

  3. Réflexion très éclairante qui corrobore tout à fait le sentiment de malaise que je ressens en tant qu’enseignante du primaire depuis le début du confinement ; je me sens dépossédée du sens de mon métier qui est l’humain avant tout. Nous travaillons à notre éviction future, notre « obsolescence programmée », voilà la confirmation de ma résistance et de mon extrême méfiance envers ces procédés imposés avec brutalité,comme allant de soi. J’étais une des rares à applaudir la reprise des cours le 11 mai, car « l’école numérique », « l’école à la maison » pour moi ce n’est pas l’école, juste un ersatz. Un élève n’a jamais appris à lire grâce à un ordinateur, ça c’est de la pensée magique, cette pensée qui gangrène l’Education Nationale française, la sphère EdTech. Non, un élève, a fortiori en échec, et j’en ai accompagné plus d’un dans ma carrière, apprend à lire par la relation de confiance qu’il établit avec son enseignant(e), parce qu’il s’autorise à être sujet, à penser, parce qu’il retrouve l’estime de soi, y compris dans l’opposition, et parce qu’il a en face de lui un enseignant(e) qui connaît les chemins de traverse pour l’amener à SAVOIR lire puis à AIMER lire. Mais je me disais que je n’étais pas à la page, dépassée par la technologie, alors que mes collègues plus jeunes avaient l’air de s’investir
    et de se réinventer au jour le jour.
    Mais depuis que j’ai pris connaissance de la mise en place de protocoles drastiques de reprise des cours en « présentiel », qui vont faire ressembler les écoles maternelles et élémentaires à des centres pénitentiaires pour jeunes enfants, je me sens insultée et humiliée dans ma dignité d’enseignante. Je finis par croire, au risque d’être taxée de complotisme, que ces protocoles impossibles à respecter et inhumains ont été créés à dessein pour que nous restions derrière nos ordinateurs le plus longtemps possible, comme le préconisent les collectifs et les syndicats d’enseignants. En somme, nous n’avons le choix qu’entre la peste et le choléra. Mais enseigner « à l’ancienne », il n’en est plus question, plus de jeux stimulant l’imagination des plus jeunes élèves, la réflexion des plus grands, l’émulation et la créativité de tous, plus de manipulation mathématique, géométrique, même plus de correction faite par l’enseignant dans le cahier. Plus de trace d’HUMAIN. Et tout le monde trouve ça normal. C’est ça l »école de la bienveillance » qu’on nous promeut à longueur de discours trompeurs et anesthésiants ? Quand les mots sont à ce point vidés de leur sens et tellement opposés à la réalité qu’ils décrivent, alors nous sommes entrés dans le cauchemar orwellien.

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