[MàJ]Le prix du baril de pétrole négatif aux Etats-Unis pour la première fois de l’histoire. Par Étienne Goetz/ Les Echos

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Le baril de WTI s’est effondré ce lundi, pour s’échanger à près de -37 dollars sur les marchés à terme dans la soirée. Les cours subissent de plein fouet l’effondrement de la demande et la saturation des capacités de stockage.

Du jamais vu ! Pour la première de son histoire, le brut américain est passé sous la barre de… 0 dollar. Dans la soirée, le baril de WTI s’échangeait à -37 dollars. Concrètement, cela veut dire que les producteurs payent 37 dollars pour donner leur baril de pétrole. Jamais dans l’histoire de l’or noir, un baril est tombé en territoire négatif sur les marchés à terme. Cette chute est essentiellement due à l’expiration des contrats pour livraison en mai ce mardi, mais elle souligne les vents contraires que doit affronter le marché pétrolier.

L’or noir subit de plein fouet l’effondrement de la demande en raison des mesures de confinement pour endiguer la propagation du coronavirus. Selon les premières estimations, la consommation de pétrole dans le monde a chuté de 20 millions de barils par jour (mb/j) et jusqu’à plus de 30 mb/j pour les plus pessimistes. Avant la pandémie, le marché tournait autour des 100 mb/j.

Où stocker ?

A ce choc de demande s’ajoute une quasi- saturation des capacités de stockage . Le monde déborde d’or noir à ne plus savoir quoi en faire. N’importe quel oléoduc ou tanker en mer est utilisé comme réserve de pétrole. Les prix de location des navires ont d’ailleurs flambé passant de 30.000 dollars par jour à plus de 150.000 dollars.

Selon le relevé de l’administration américaine de l’information sur l’énergie, les stocks de brut de la plus grande économie mondiale ont augmenté de 19,25 millions de barils la semaine dernière. Le grand hub à Cushing dans l’Oklahoma est au bord de la saturation. Les réserves s’élèvent à 55 millions de barils alors qu’il n’y a de la place que pour 76 millions de barils.

Les infrastructures de stockage outre-Atlantique sont si pleines que certains producteurs texans vendent leur baril pour 2 dollars, selon les données de Bloomberg. « Il n’y a plus de limite à la baisse quand les stocks et les oléoducs sont pleins. Des prix négatifs sont possibles », a mis en garde Pierre Andurand, gérant d’un influent hedge fund sur le pétrole. Pour lui, un passage en négatif n’est qu’éphémère, a-t-il indiqué sur Twitter

Lors de l’explosion de la production autour des années 2010 avec la révolution du schiste, les prix sur le marché physique avaient atteint des niveaux extrêmement bas. Les exportations d’or noir étant interdites, les stocks s’étaient remplis à grande vitesse. Les producteurs vendaient le pétrole à n’importe quel prix pour éviter de fermer leurs puits, une opération coûteuse.

Ecarts de prix

En attendant, « de tels niveaux de prix obligent à des fermetures et entraînent des pertes d’emplois. Les opérateurs tentent de réduire les coûts pour faire face à cet environnement de prix bas », explique Rystad Energy dans une note. Selon le dernier décompte de Baker Hughes, le nombre de puits de forage a chuté de 66 unités la semaine dernière, la plus forte baisse hebdomadaire depuis 2015.

Les tensions sur le stockage aux Etats-Unis expliquent la hausse de l’écart de prix entre le brent, référence européenne, et le WTI. Ce lundi, il a atteint plus de 16 dollars, au plus haut depuis 2013, mais loin du record de 2011 à 27 dollars. Comme les contrats arrivent à expiration ce mardi, les investisseurs ne veulent plus en acheter de peur de recevoir une livraison sans pouvoir la stocker. Le spread pourrait diminuer aussitôt que la bascule vers les contrats pour juin sera réalisée.

Une remontée des prix à court terme est improbable. Avant la chute des prix en territoire négatif, les analystes de MFUG anticipaient des prix proches de 20 dollars pour le brent et à près de 10 dollars pour le WTI dans les semaines à venir. Des perspectives partagées par Rystad Energy : « Comme toujours, on verra des hauts et des bas, mais la tendance sera sans aucun doute à la baisse. Du moins jusqu’à ce que des nations viennent en aide à l’Opep et à ses partenaires en réalisant des réductions substantielles. »

Un accord portant sur une réduction de production de 10 millions de barils par jour a été trouvé et signé le 12 avril par l’Opep et ses partenaires. Mais celui-ci n’entrera en vigueur que le 1er mai et n’a semble-t-il pas convaincu les marchés, qui considèrent que les réductions promises ne suffiront pas à compenser la chute massive de la demande provoquée par la pandémie.

https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/petrole-le-brut-americain-devisse-en-asie-1196311

Explication de Jacques Sapir/Mise à jour

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