Corporatisation des banlieues? + Mise à jour

Emmanuel Macron, lors de la présentation d’un nouveau plan « La France, une chance pour chacun » et de l’installation du Conseil présidentiel des villes, le 22 mai 2018. Entre 2000 et 2015, plus de 100 milliards d’euros d’argent public ont été consacrés à l’ensemble des banlieues. (Photo tirée de la vidéo ICI)

Banlieues  : nous avons tout essayé, sauf… le privé. Par Nicolas Lecaussin / La Tribune

Depuis 30 ans, nos banlieues ont bénéficié de plans successifs de l’Etat dont le montant cumulé se chiffre en milliards d’euros. Malgré cette aide, la situation s’est dégradée en matière de sécurité et d’emploi. Les banlieues n’auraient-elle pas besoin de moins d’Etat? Certaines initiatives privées montrent que c’est une voie d’avenir.

Si la situation dans les banlieues françaises s’était améliorée proportionnellement à la quantité de rapports, de plans mis en œuvre et d’argent public dépensé depuis environ 30 ans, alors nos banlieues seraient à coup sûr le paradis sur terre ! Depuis 1990, il y a eu : le plan Delebarre, le plan Tapie, le plan Raoult en 1995, le plan Sueur, le plan Bartolone en 1998 et le plan Borloo (!) en 2004. Des milliards de francs et d’euros ont été déversés sur les « zones urbaines sensibles ». En pure perte, puisque la délinquance n’a cessé d’augmenter. En janvier 2008, on avait même présenté un « plan Marshall en banlieue ». Et ainsi de suite…

Au total, en France, entre 2000 et 2015, on a distribué plus de 100 milliards d’euros dans les banlieues où 15. 000 associations d’insertion ont été créées. Et pourtant, les violences n’ont pas cessé… Le chômage a continué à augmenter aussi. En réalité, les faits montrent que les banlieues n’ont pas besoin de plus d’Etat mais de moins d’Etat. Ou plutôt, que l’État devrait se recentrer sur sa mission essentielle qui est d’y faire régner l’ordre et le droit. Pourquoi élaborer un énième plan banlieue alors que l’on sait que l’intégration ne pose pas de problème là où le marché du travail est ouvert et libre. L’intégration tourne au désastre dans les villes et les régions où se multiplient les initiatives « sociales ».

L’exemple des « free schools »

Dans ces conditions, si le diagnostic est toujours mal fait, un énième plan et des dizaines de milliards d’euros ne serviront strictement à rien, sauf à gaspiller l’argent des contribuables. Mais il existe aussi de bons exemples. Dès leur lancement, les « free schools » britanniques, financées en partie grâce à l’argent privé, ont été surtout implantées dans les quartiers pauvres, les banlieues (Birmingham, Liverpool, etc.) où les écoles publiques sont surpeuplées et connaissent des problèmes. Les premiers bénéficiaires ont donc été les enfants issus de familles pauvres. Entre 2010 et 2016, plus de 530 « free schools » pour presque 300 .000 élèves ont été fondées au Royaume-Uni.

La Suisse pourrait également constituer un exemple. L’apprentissage y est un puissant intégrateur social, contrairement à ce qui se passe en France. Grâce à lui, pas de banlieues hors droit et « d’apartheid social », les énergies se canalisent dans le travail productif. La Suisse, où l’immigration est proportionnellement beaucoup plus importante qu’en France, n’a justement pas ces problèmes, car, à 15 ans, les jeunes, même ceux qui maîtrisent mal la langue ou sont moins enclins à faire des études, apprennent un métier, sont fiers de travailler et de gagner un salaire, ont le sentiment d’être utiles à la société. Dans les quartiers, ce sont bien les entreprises privées qui prennent le relais de l’État et qui assurent l’apprentissage et l’emploi des jeunes.

Uber a créé 12. 000 emplois directs en 2016

Alors si en France les milliards d’argent public déversés sur les banlieues ne servent à rien, pourquoi ne pas essayer autre chose ? De grands groupes comme Uber, ACCOR ou Adecco ont déjà investi dans les banlieues et les régions les plus touchées par le chômage. Uber a embauché plus de jeunes issus des banlieues que beaucoup d’autres entreprises. Rien qu’en région parisienne, Uber a créé 12. 000 emplois directs en 2016. Sur ce total, 25 % sont d’anciens chômeurs, dont 40 % des chômeurs de longue durée. Et cela sans argent public.

Les réussites des entreprises comme Uber sur le front de l’emploi, de la croissance et de l’intégration sont autant de perspectives encourageantes. Une dynamique qui s’accélère car dans les prochaines années, d’autres acteurs vont massivement investir dans les quartiers, à l’image du groupe français Ceetrus, avec son projet Europacity. Une gigantesque installation entre les aéroports de Roissy et du Bourget, 80 hectares avec un centre commercial, une salle de concert, deux salles d’expositions, des restaurants, des hôtels de luxe, plusieurs espaces verts, une ferme urbaine… Un investissement massif de 3 milliards d’euros dont les retombées, selon les études de marché, seront considérables : plus de 10. 000 emplois directs créés (restauration, commerces, services…) et sûrement presque trois fois plus d’emplois induits. Les estimations montrent d’ailleurs que le projet EuropaCity devrait contribuer pour environ 2,5 milliards d’euros au PIB national.

Des chiffres qui ne suffisent pas toujours à dissiper les mauvaises habitudes : certains responsables politiques, comme Nicolas Hulot ou Benjamin Grivaux, ont déjà exprimé leurs réticences à l’égard de ce gigantesque chantier, prétextant des doutes sur l’impact énergétique du projet. Une réaction révélatrice de l’incapacité d’une partie de la classe politique française à aborder le développement économique de ces départements sans impliquer l’État ou les collectivités locales.

Alors que des dizaines de milliards d’euros pris dans la poche des contribuables ont été gaspillés dans les banlieues depuis des années, pourquoi ne pas essayer, enfin, une nouvelle recette ?

Par Nicolas Lecaussin, directeur de l’IREF (Institut de recherches économiques et fiscales) (*).

(*) IREF

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/banlieues-nous-avons-tout-essaye-sauf-le-prive-801482.html?amp=1&fbclid=IwAR32hBQvvHFGBPPp7-cYdk8jwH-yqS67ARfXc5Nc7B2q4fqcmmfmemTPLE8

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(Merci Joël R pour votre info)

3 réflexions sur “Corporatisation des banlieues? + Mise à jour

  1. Une remarque concernant l’immigration en Suisse : c’est une immigration « de travail ». En France, c’est globalement une immigration  » d’assistance » qui perçoit des allocations sociales. Il reste à analyser les causes profondes.

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