La stratégie de la BNS pénalise toujours le pays et la population. Liliane Held-Khawam

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33,7 milliards de francs suisses. Voici le montant du bénéfice, réalisé par la BNS à fin septembre, dont se félicitent nos médias.

Le problème est qu’un chiffre sorti de son contexte ne sert à rien.

Si votre patron vous augmente de 100 et qu’en parallèle, votre loyer augmente de 200, à la fin de l’année vous êtes en déficit de 100 n’est-ce pas?

Dans un ménage, une entreprise ou un Etat, il convient de garder une vision globale.

Or, l’avenir de la BNS est en réalité toujours plus inquiétant. C’est une tendance de fond, lourde, et que rien ne semble infléchir. Pas même les 33,7 milliards.

Voici le tableau qui montre l’évolution de la structure du portefeuille de la BNS. Tout le monde constatera que pour la période 2010-2017:

achat de la BNS 2017

Une dégradation de la qualité des débiteurs

De 82% de débiteurs AAA, ils ne représentent plus que 59%. Plus que cela, de 1%, les débiteurs qui sont mal classés sont passés à 5%. Cela nous fait la jolie somme de 38 milliards de placements risqués

Modification de la nature des placements obligataires

Le portefeuille d’obligations de « collectivités territoriales étrangères » ET les obligations d’entreprises ET les actifs basés sur des crédits hypothécaires a doublé!

Placements en actions explosent

La BNS continue à soutenir les marché des actions, faisant passer son portefeuille de 10 à 20%. Or, ce pourcentage se référait à un volume de devises de 217 milliards en 2010…

devises bns 2010

… pour atteindre les 761 milliards en 2017!!!!

Monnaies BNS 2017

Le portefeuille actions est ainsi passé de 22 milliards en 2010 à 152 milliards en 2017.

La BNS via ses gestionnaires sous-traitants portent artificiellement et hors mission principalement les indices boursiers américains. On ne commentera pas ici la nature de ces investissements et l’éthique qui les accompagne…

L’impact de la chute du franc sur la Suisse.

Les divergences des intérêts de la BNS en tant que société anonyme et ceux de l’Etat public et du peuple suisse augmentent et ne cesseront d’augmenter au fil du temps. Deux exemples suffiront à illustrer très simplement ces propos.

  1. L’impact sur les dettes extérieures de la Suisse dont celles de la BNS va se faire sentir avec la baisse du franc. Le coût de la dette et la dette elle-même vont augmenter.

dette extérieure de la Suisse.PNG

2. Le coût des importations va augmenter. Vous paierez plus cher vos achats en provenance de l’UE.

Importations de marchandises Suisse-UE

La Suisse importe en euros (124,54 milliards en 2016), plus qu’elle n’exporte dans cette monnaie (113 milliards en 2016). L’ensemble de la population sera pénalisé dans le cadre de sa consommation quotidienne. Une évidence sauf pour les gouvernants du pays. https://www.eda.admin.ch/dam/dea/fr/documents/faq/schweiz-eu-in-zahlen_fr.pdf

Les dividendes versés sont insuffisants et anti-constitutionnels

C’est devenu une habitude de prendre chez le citoyen consommateur-contribuable-épargnant pour financer le marché financier globalisé. Pourtant enfreindre la Constitution de manière chronique est autrement plus grave.

Nous avions déjà attiré l’attention en 2014 sur le dysfonctionnement de l’attribution des dividendes aux véritables propriétaires d’une banque centrale, à savoir le public.

L’article 99 alinéa 4 de la Constitution suisse dit ceci:

4 Elle verse au moins deux tiers de son bénéfice net aux cantons.

Les arrangements avec le ministre des finances de ne verser que 1 à 2 milliards sont anticonstitutionnels aussi longtemps que le peuple ne les a pas approuvés. Le Conseil fédéral n’a pas le pouvoir légal de déroger à la Constitution. C’est encore comme ça. https://lilianeheldkhawam.com/2014/02/24/le-mecanisme-qui-a-permis-la-suppression-des-dividendes-de-la-banque-nationale-suisse-par-liliane-held-khawam/

Ces risques majeurs qui ne figurent pas au bilan et dont vous êtes les garants!

La structure du bilan est à hauts risques de par les risques cumulés:

  • de défauts des débiteurs
  • de change
  • d’éclatement de la bulle sur les actions
  • de la dégradation de la qualité des débiteurs
  • de la non maîtrise de la gestion des investissements
  • de la non maîtrise de la gestion des REPOS au passif

En conclusion, plus le franc suisse chutera et plus vous serez pénalisés directement (achats, dettes de votre commune/canton, perte de pouvoir d’achat, dilution de la valeur de votre épargne,…).

En revanche, plus le franc se fracassera et plus la BNS fera de gros bénéfices , alors même que la position extérieure de la Suisse se dégradera. Une situation incongrue mais qui semble plaire à certains.

Au fait, ces 33,7 milliards, qui incluent les gains sur l’or, doivent être mis en perspective d’un bilan de plus de 813 milliards. Cela remet l’église au milieu du village avec un rendement de 4%, ponction de notre épargne (surtout LPP) comprise par la grâce des taux d’intérêts négatifs.

Liliane Held-Khawam

 

 

17 réflexions sur “La stratégie de la BNS pénalise toujours le pays et la population. Liliane Held-Khawam

  1. Bonjour Zelectron !

    Le papier de Liliane est, entre autres, une réflexion pertinente sur la manipulation et sur l’engagement idéologique.
    Notre déclin est dû à une élite amorale, en faillite, et aux institutions financières criminelles qui l’ont enrichie.

    A l’inverse des réseaux sociaux qui forment une caisse de résonance, les institutions d’élite sont devenues une chambre d’écho hermétiquement scellée. 

    Ceux qui progressent dans ce type d’organisation et détiennent le pouvoir, notamment celui d’informer, sont des carriéristes avérés. Leur loyauté est à la mesure de leur ambition, ce qui explique pourquoi la hiérarchie des réseaux d’informations, quels qu’ils soient, est engorgée de gens médiocres qui amplifient et spéculent sur les commérages de la cour et répètent ce qu’on leur dit de rapporter.

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  2. La politique des banques actuellement – probablement sur conseil de la BNS – est d’inciter ceux qui ont des comptes personnels à les transformer en actions. Quand on sait que ces actions – notamment celles en possession de la BNS – sont émises par le pays endetté jusqu’à la démence, on comprend que ces actions ne vaudront même pas le prix du papier sur lesquels elles sont écrites lorsque le gigantesque krach se produira. Le mensonge étant la négation de la vérité, donc de la réalité, il est évident que le résultat sera le vide, la disparition de tout l’argent gagé sur le néant d’où il a été créé.

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  3. @ Zelectron

    « …se remplir les poches ou remplir les poches des clients !… ».

    Même au début de ma carrière bancaire (1979), remplir les poches des clients était un scénario absurde.
    Les clients ignoraient tout du non respect de la réglementation en vigueur et leurs droits étaient copieusement bafoués.

    Je me souviens des dysfonctionnements récurrents qui ont longtemps perduré à la banque lors de l’installation de nouveaux logiciels informatiques et notamment des petits vieux qui venaient implorer aux guichets parce que leur modeste retraite n’était pas versée sur leur compte.
    Or nous savions que les caisses de retraite effectuaient les versements en temps et heure et que ces montants étaient imputés, pour cause de dysfonctionnement, sur un compte tampon ouvert au nom de la banque. Selon la réglementation bancaire alors en vigueur, ce compte interne n’avait pas le droit de rester créditeur plus de 48 heures. Voeux pieux.

    Pour le personnel présent au guichet, il suffisait de basculer l’écriture de ce compte tampon sur le compte du client mais la direction avait donné l’ordre de répondre au client par la négative et de le renvoyer vers sa caisse de retraite. Bien sûr les clients les plus âgés et les plus modestes étaient les plus vulnérables.
    Je ne sais pas si les plus abjects étaient les directeurs qui diffusaient ce cynisme ou les personnels qui exécutaient les ordres sans aucun état d’âme.

    Et la banque engrangeait 3 ou 4 jours de valeur en plus dans la mesure où l’écriture n’était jamais imputée bonne valeur. Multiplier ce cas de figure par …..

    Attendez je sors, je dois encore vomir …

    Aimé par 2 people

  4. @Nadine,
    Je vois que vous appréciez l’ironie au second degré, ce que vous écrivez est malheureusement exact ce que je sais d’autant mieux que ma femme a travaillé dans une grosse agence d’une banque très connue.

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  5. @ Michel Mottet

    Vous exposez vos craintes pour les épargnants suite au mode de fonctionnement des banques en Suisse sous influence probable de la BNS.

    De l’autre coté de la Manche, l’ambiance affichée n’est pas très euphorique non plus.
    La dette des ménages inquiète jusqu’à l’omnipotent FMI qui y voit l’embryon de la prochaine grosse crise financière.

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  6. Citation. ..

    « En Europe, il existe une méthode encore plus directe pour ébranler la menace de la démocratie : faire prendre des décisions cruciales par une troïka non élue – le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne – qui tient compte des vœux des banques du nord de l’Europe et de la communauté des créanciers, et non pas des électeurs ».

    (Noam Chomski – 22 oct 2017 – Un Monde en péril,  Arrêt sur info)

    Aimé par 1 personne

  7. La BNS avec les 88 milliards en actions américaines pour soutenir l’économie suisse, selon sont mandat constitutionnel, il y a un peu de confusion quelque part….mais il y a une logique on manipule au rabais le Frs pour maintenir notre compétitivité économique et on achète les actions américaines pour pouvoir continuer la manipulation de notre monnaie avec l’accord des US et on importe l’inflation ce qui rend heureuse la BNS parce que les banques centrales ont ordre de créer l’inflation pour annuler les dettes abyssales. Les épargnants floués… cela fait partie du jeu à la Ponzi…..

    http://www.zerohedge.com/news/2017-11-03/swiss-national-bank-now-owns-record-88-billion-us-stocks

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  8. Liliane, je partage l’ensemble de vos arguments et votre analyse mais à 1.16-1.17 contre euro on ne peut pas parler d’effondrement du CHF qui reste à un niveau historiquement élevé. On vient de 1.65 avant la crise de 2008. Il pourrait même redescendre autour de 1.26 en 2018 qui correspond à 50 % de retracement de la forte hausse qu’il a connu y compris suite à la suppression du plancher des 1.20. De toute façon vous savez que le CHF aura de moins en moins vocation à être une valeur refuge… la BNS a par trop lié son sort à celui de l’Euro et de l’USD.

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  9. @ Jeanmonti & Seb

    L’UE est une construction américaine, et ses principaux dirigeants sont idéologiquement des vassaux. En conséquence les USA n’allaient pas permettre que celle-ci devienne une puissance autonome. L’Europe, donc, ne doit pas se défendre. L’idéologie libre-échangiste y pourvoit.

    Pour l’économiste Daniel Cohen : – « remonter les taux fait courir le risque d’un krach financier. Maintenir les taux faibles, c’est alimenter la bulle financière.
    Quand les emprunts (d’Etat) ne rapportent plus rien, les investisseurs se tournent vers la Bourse, ce qui tend mécaniquement à la renchérir » (nov 2017 ).
    En tout état de cause il faut se rappeler que la devise des Banques et Assurances est : « on mutualise les dépenses et on privatise les bénéfices ».

    C’est sûr que les lobbies n’auraient pas une telle influence si Bruxelles ne leur était pas si accueillante. L’enregistrement officiel des lobbies au parlement (à l’américaine), l’autorisation pour les députés européens de multiplier les contrats privés pendant leurs mandats…
    Sous prétexte que la corruption se fait au grand jour on est censé trouver ça normal !

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  10. He oui !
    L’idéal kantien  (paix perpétuelle) n’a jamais fonctionné. L’histoire humaine est véritablement structurée par la guerre…peu importe sa forme.

    Les lois votées sont purement cosmétiques. Elles n’ont pas su, pas pu ou pas voulu toucher à l’architecture du système judiciaire, en particulier dans ce qu’il a de plus déviant et criminogène.
    De curieuses coopérations et hybridations se nouent ainsi entre criminels en col blanc, gangsters traditionnels et hommes politiques corrompus.

    On regarde ailleurs et on continue de rédiger des chartes inutiles dans les mêmes bureaux aseptisés.

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  11. PS : « …et hommes politiques corrompus ».

    Il aurait été plus convenant d’écrire « et personnalités politiques corrompues ».
    Toutes mes excuses pour la formulation maladroite et assurément inexacte.

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