Les pertes d’Alpiq seraient dues à la production. Vraiment? Liliane Held-Khawam

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Leader européen du trading d’énergie

Alpiq, un groupe reconnu en Suisse pour la production d’électricité est devenue un mammouth flanquée d’une myriade de sociétés rattachées au groupe.

Alpiq aux 6,7 milliards de francs de chiffre d’affaires n’a plus rien à voir avec ce que l’inconscient imaginaire suisse pourrait imaginer…

Regardez plutôt les images!

La activités sont réparties en 3 familles. La production est en bleu, le Commerce & Trading en jaune et les services en blanc.

Alpiq group.PNG

3 secteurs d’activités

Maintenant regardez la présence en Europe! L’orange est puissamment présent, vient le blanc et tout à la fin le bleu qui est la production.

alpiq en bref 2015

Le chiffre d’affaires est par chance ventilé dans le rapport 2015 par secteur. Regardez ce que représente la production d’électricité (bleu). 372 millions -y c nucléaire, hydroélectrique, charbon, etc-  sur 6,7 milliards!!!

Informations par domaine opérationnel Alpiq.PNG

Le gros du paquebot Alpiq se trouve dans le Commerce & Trading »!!! Rien à voir avec ce que le Suisse moyen qui doit le renflouer pourrait imaginer!

Il est même précisé dans le rapport 2015 que le secteur Commerce & Trading est enregistré dans la plupart des bourses et plateformes énergétiques européennes. Par ailleurs, le secteur propose non seulement le négoce d’électricité et de gaz, d’autres commodités et certificats mais aussi une vaste gamme de services énergétiques!

Le secteur « Commerce & Trading » du groupe se targue de pratiquer le négoce de produits standardisés et structurés dans les bourses de l’Energie pour l’électricité, le gaz, les droits d’émission et des certificats.

Du coup, il est intéressant d’aller voir ce qu’est une plateforme de trading.

Et là nous découvrons la spéculation à l’état pur et dur!

LES PRIX PEUVENT DEVENIR NEGATIFS (violet)!!! C’était le cas le 28 mars 2016.

Prix négoce Alpiq

Il est donc évident que  le Casino financier pénètre les entreprises en créant des unités au sein des grands groupes! Quelle découverte!

 

Les coûts trading 2014 Alpiq.png

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Activité sur l’année 2014: La présence du secteur Commerce & Trading encore plus déterminante qu’en 2015.

Banques américaines, allemandes, françaises, de même que l’incontournable UBS sont assis à la même table de trading. (liste des participants ici)

Il est tout aussi évident qu’il y a derrière ce comportement une volonté délibérée de couler des entreprises d’envergure nationale!

Entre-temps, les promesses de réduction des prix à la consommation au niveau du client final bien captif étaient de purs mensonges. Ils n’ont cessé d’augmenter ainsi que les taxes qui pourraient servir à subventionner  le secteur…

composants_du_prix

Bref, les problèmes d’Alpiq n’ont rien à voir avec la production des centrales hydroélectriques suisses qui représentent si peu au vu de l’ensemble du bilan ventilé par secteur opérationnel. Ils sont liés à une sortie de route du métier de base qu’est la production électrique pour aller flirter avec la spéculation.

A ceci s’ajoute ce que nous avions dit dans nos textes précédents et qui reste valable. Les pertes sont amplifiées par des amortissements et dépréciation à but comptable et fiscal (La guerre des barrages a lieu).

Quoi qu’il en soit, cette activité de production électrique n’a aucune raison d’être entre les mains de financiers dont le but est une croissance non maîtrisée et spéculative. Elle pourrait même être bénéficiaire si elle était aux mains des pouvoirs publics.

Liliane Held-Khawam

Annexes:

  1.  La production hydraulique ne représente que 34% des 372 millions de francs!
  • Alpiq prod.PNG

2. Effectif du groupe en 2015 dont 83.3% se trouvait en 2015 dans l’Energy Services

  • alpiq effectif.PNG

3. Immobilisations hautement intéressantes en rouge si l’objectif du groupe est de s’orienter toujours plus vers le Commerce & Trading et/ou Energy services. La production dispose de plus de 5 milliards d’actifs!

Informations par domaine opérationnel Alpiq bis.png

20 réflexions sur “Les pertes d’Alpiq seraient dues à la production. Vraiment? Liliane Held-Khawam

  1. Merci pour cette dissection édifiante des activités d’Alpiq. Je pense que ça mériterait d’être publié dans un journal à grand tirage que les suisses sachent vraiment ce qu’ils sont appelés à renflouer. Alpiq c’est un peu votre Enron à vous.

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  2. Seb, je n’arrive pas à y croire. Ca me donne tout au plus une centaine de millions de production hydraulique. Or, le groupe fait de mémoire 900 mio de perte!!!
    Et ils disent que c’est à cause des coûts des barrages!

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  3. Il y a effectivement une grosse interrogation sur les agissements d’Alpiq et de sa direction Allemande-Autriche-France.

    Comme le politique a baissé les bras, c’est aux citoyens d’avancer et de continuer à creuser et à partager les infos!

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  4. C’est la même chose pour toutes les entreprises du secteur. Les investissements importants nécessaires à la poursuite future de l’activité, peu rentables financièrement, sont sacrifiés au bénéfice du « trading », c’est à dire de la spéculation.

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  5. Oui c’est énorme.. votre papier est un déshabillage en règle. Ces gens devraient tous être virés illico. La production représente 5 % du CA. Cette boite est une boite de trading dont la production n’est plus qu’une façade. Il y a dans l’énergie la même dérive qu’il ya eu dans le domaine bancaire dans les années 80-90. Le corps de métier est délaissé au profit de la spéculation.

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  6. Ce n’est évidemment pas une découverte, je ne suis pas si vaniteux, mais un constat que les leçons historiques n’ont été ni théorisées, ni retenues. Le manque d’investissement va immanquablement conduire à des dysfonctionnement comme ceux survenus aux USA, faute d’investissements. Cela concerne directement tous les consommateurs/citoyens, ils devraient donc avoir leur mot à dire sur la gestion de ces entreprises énergétiques.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Panne_de_courant_nord-am%C3%A9ricaine_de_2003

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  7. Je pense que ce que révèle cette analyste est on ne peut plus crédible et démontre, en fait, comment dans les grands groupes (ou les caisses de pension!) la branche spéculation prend le pouvoir hasardeusement et fausse les bilans au détriment de la gestion d’exploitation pure.

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  8. Ca m’est devenu évident en écrivant ce texte. Des cellules de casino sont disséminées dans les grands groupes les reliant résolument au grand casino financier!

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  9. Très intéressant! On voit bien que:

    1) de toute évidence, le gros des activités d’Alpiq a été financiarisée, ce qui permet de concentrer le gros de ses revenus dans la colonne « Commerce & Trading ».(*)

    2) la société est ensuite vidée de sa substance via des « coûts opérationnels » de 4.8 milliards pour l’activité de trading…

    Question: le groupe transférerait-il les bénéfices de l’activité de « Commerce & Trading » à d’autres sociétés, via la vente d’électricité à prix négatifs? Sinon, comment expliquer ces « coûts opérationnels » faramineux?

    On peut avoir l’impression qu’Alpiq est en réalité une société très rentable (une véritable vache à lait!), mais dont la substance est utilisée pour renflouer divers groupes financiers internationaux (cf. votre liste ci-dessus)…

    Qu’en pensez-vous?

    * Par exemple: la marge générée par la production de charbon en Tchéquie peut être titrisée sous la forme de « dark spreads »

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  10. Je pense que la première grosse surprise est cette présence massive du commerce et trading.
    Effectivement, les coûts de ce 2ème secteur sont colossaux mais je ne saurai l’expliquer. Que comprennent ces coûts? Je peux juste dire que 387 personnes y travaillent. Ce n’est pas énorme.
    Le siphonnage est au coeur du système actuel. L’histoire nous l’a démontré et les prix négatifs en sont une des signatures.
    Pour ce qui est du cas Alpiq, il faudrait faire appel à un expert-comptable, un trader et un connaisseur du monde de l’électricité.

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  11. Je ne suis pas un spécialiste du marché de l’électricité mais je connais bien le trading en général et les coûts d’exploitation de cette activité laissent effectivement perplexedans le cas d’éspèce… Ils sont en général principalement constitués par la masse salariale. 387 personnes, même à supposer que ce soit à 95 % des traders rémunérés plusieurs millions par an, cela ne permet pas d’arriver à 4.7 milliards. Il serait intéressant d’avoir le détail de ces coûts pour les analyser plus en détail.

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  12. Excellente remarque concernant le bilan d’Alpiq mais il faut faire attention à ce que cache les mots dans un bilan.
    Le trading ce n’est pas seulement spéculer sur des produits abstraits mais je pense que pour Alpiq c’est en grande partie du pompage/turbinage. Cela fait longtemps que l’on sait que les électriciens suisses ont des centrales pour faire du courant (génération) et des centrales pour faire de l’argent (pompage/turbinage). Les bénéfices du pompage/turbinage ont fortement chuté car la production de courant solaire de l’Allemagne est en phase avec la consommation (maximum le jour). De gros investissements ont été fait dans le pompage/turbinage qui ne peuvent plus être rentabilisés aujourd’hui. Cela fait des années que je me posais la question si des projets comme Cleuson-Dixence ou Nant de Dranse étaient rentables sur le long terme, j’ai aujourd’hui la réponse.

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  13. Merci Christian pour ce commentaire.
    Pourriez-vous m’expliquer comment la production basée sur le pompage-turbinage serait dans la colonne Commerce-trading et non dans celle Generation?
    Merci à vous.

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  14. Le pompage/turbinage ne génère pas d’énergie, il permet uniquement de la décaler dans le temps. Le rendement du pompage/turbinage étant de l’ordre de 80%, le procédé consomme de l’énergie. Du point de vue du trading c’est une opération d’arbitrage dans laquelle on achète une ressource là où elle est bon marché (la nuit, en France par exemple) pour la revendre là où elle est chère (le jour en Italie). On pourrait imaginer un rpocédé similaire avec le pétrole si au lieu des barrages on a de grandes citernes. On achèterais le pétrole quand il est à 30$ pour le revendre quand il est à 50$. L’intérêt du marché électrique est qu’il y a un cycle diurne qui fait que l’on peut prédire à court terme l’évolution du prix alors que pour le pétrole c’est plus aléatoire. Le long terme est plus aléatoire car on ne sait pas comment va évoluer la situation du solaire, de l’éolien et du nucléaire en Europe.

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  15. Pingback: Nucléaire Suisse: les barons de l’électricité agacent – Géopolitique Mondiale des Energies

  16. C’est particulièrement simpliste que de considérer le trading comme de la spéculation pure. C’est méconnaître le business model des producteurs de matières premières (il n’est d’ailleurs pas particulier à l’électricité mais aussi aux métaux, pétrole, grains…) car l’objectif est avant tout de couvrir et d’optimiser les actifs de production avec le trading. Pour vendre au meilleur prix l’énergie d’un barrage, s’appuyer sur l’expertise du trading est essentiel. C’est une stratégie qui permet de limiter le risque en anticipant les variations de prix.
    La production et le trading sont deux métiers qui vont de pair. Surtout à défaut d’avoir accès aux consommateurs finaux (intégration de toute la chaîne de valeur).
    On ne parle ici que de la production donc il n’y a pas de rapport direct avec ce que paient les consommateurs finaux car comme expliqué dans votre graphique l’énergie n’est qu’un tiers de la facture (et Alpiq n’a pas de client final). L’augmentation des taxes et des coûts du réseau est une toute autre discussion.
    Votre analyse se rapproche plus de la démagogie.

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  17. Tout d’abord, vous intégrez le trading comme étant une donnée qui va de soi et qui ne souffre aucune contestation. Permettez que d’autres ne pensent pas comme vous.
    Quand vous dites « On ne parle ici que de la production donc il n’y a pas de rapport direct avec ce que paient les consommateurs finaux », vous donnez l’impression de ne pas maîtriser les processus de production et l’impact de leurs coûts sur le consommateur final.
    Il apparaît clairement que votre commentaire est subjectif. Par conséquent, le jugement que vous portez sur mon travail (démagogie) ne me concerne pas et ne mérite pas réponse.

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  18. Donc, une boîte qui produit de l’électricité gagne de l’argent en vendant de l’électricité plutôt qu’en la produisant…
    Putain quelle surprise

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