La Chine est-elle devenue japonaise ? Michel Santi

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Les parallèles entre le Japon des années 1990 et la situation économique actuelle de la Chine sont à bien des égards troublants. L’implosion des bulles nippones ayant débouché sur une déflation qui dure depuis près de vingt ans ne va pas sans rappeler le bulle du crédit chinoise des années 2010, tout comme celle des matières premières aujourd’hui en pleine liquéfaction. Souvenons-nous par ailleurs du déclencheur incontesté de l’implosion de la bulle spéculative japonaise que furent les pressions intenses exercées sur ce pays par les Etats-Unis afin de le forcer à ré évaluer sa monnaie dans le but de résorber ses immenses excédents commerciaux.

Sous la menace de mesures protectionnistes dissuasives de la part de son principal partenaire commercial de l’époque – les USA –, objet de tous les lynchages médiatiques et de toutes les stigmatisations politiques américains le taxant de « manipulateur », le Japon entreprit de revaloriser sa monnaie selon deux étapes majeures, à savoir de 1982 à 1988, puis de 1990 à 1995. Toutefois, cette appréciation excessive du yen de 263 à 95 vis-à-vis du $ – soit de plus de 60% en une décennie! – devait précipiter l’économie japonaise dans une spirale déflationniste qui prévaut toujours en 2015, malgré la détermination de gouvernement Abe qui applique depuis 2012 une politique monétaire hyper expansionniste. Afin de tenter de compenser les pertes de compétitivité induites par l’envolée de leur monnaie nationale, les entreprises nippones exercèrent à l’époque une pression baissière ininterrompue sur les salaires qui débouchèrent en une déflation et en une stagnation économique qui dure depuis près de vingt ans. A l’époque, les réponses apportées par la politique monétaire de la Banque du Japon furent inadaptées car – les taux d’intérêt étant à zéro – les baisses de taux quantitatives et autres mesures hétérodoxes étaient encore jugées avec grande circonspection. Toujours est-il que les pressions américaines et que la manipulation du yen dans le sens d’une appréciation notoire furent mortifères pour l’économie japonaise.

Ces dernières années, c’est la Chine qui s’est retrouvée sous le feu des critiques US tant et si bien qu’elle a dû autoriser une flambée de son yuan de l’ordre de 60% en quelque dix ans. De plus et en dépit de son ralentissement incontestable, elle a dû se résoudre à l’appréciation de sa monnaie de 15% ces douze derniers mois du fait de sa corrélation avec un dollar en pleine ascension ayant exercé des effets collatéraux ravageurs sur l’économie de ce pays. Au final, le spectre déflationniste menace d’autant plus la Chine que sa politique monétaire reste relativement restrictive en dépit d’une production industrielle en berne et de prix à la production en forte baisse. Dans un tel contexte, n’est-il pas légitime de s’interroger si la Chine d’aujourd’hui est le Japon des années 1990?

Michel Santi

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