Actions européennes: historique, contexte et risques Par Bruno Bertez . Extraits

Draghi s’est efforcé de rassurer sur l’efficacité de la politique de Quantitative Easing mise en place. Il a tenté de lever les doutes sur les titres à long terme disponibles sur le marché pour mener à bien sa politique. Il a, à juste titre insisté sur l’amélioration des perspectives économiques en Europe, sans dire cependant qu’elles n’avaient rien à voir avec le Quantitative Easing et qu’elles avaient pour origine d’abord l’arrêt des politiques de rééquilibrage budgétaire, politiques dites d’austérité; ensuite la baisse du change qui s’est effectuée en anticipation de ce qu’on appelle maladroitement le printing.

La hausse est forte, générale et elle est produite par les achats d’institutions qui surpondèrent l’Europe et réduisent leur exposition aux USA.

(…)

Nous vous rappelons que nous sommes haussiers sur les marchés, depuis le début de 2009, et que nous avons réitéré cette position régulièrement et en particulier fin 2010. Voir notre article intitulé « ich bin Uberbullish ». Notre position n’a jamais varié, elle est simple et facile à comprendre:

les mesures et la politique suivies pour faire face à la crise financière, d’abord ,et économique, ensuite, produisent de la hausse des actifs financiers quasi mécaniquement.

Pas besoin de se poser de question sur ce qui se passe dans le champ de l’économie réelle, car la hausse des assets est une affaire de monnaie et de quasi-monnaie et de monnaie-like.

La hausse des prix des assets est provoquée par l’arbitrage entre le cash, la monnaie surabondante qui ne rapporte rien et les actifs financiers qui rapportent encore un peu à condition de prendre des risques.

(…)

Les risques ne sont pas, contrairement à ce que les Pouvoirs essaient de faire croire, les risques classiques de l’investissement, non, ce sont les risques que les règles du jeu changent, c’est à dire que l’on cesse d’injecter de la monnaie en retirant du portefeuille mondial des assets à long terme qui rapportent et que l’on arrête la pompe à gonfler les bulles que constituent les liquidités à taux zéro.

Bref le risque, ce sont les autorités, les responsables, qui en détiennent la clef: autant dire qu’il est piloté, introduit par petites doses, homéopathiques, afin de ne pas faire s’écrouler l’échafaudage qui a été bâti depuis 2009. Les autorités manipulent le risk, ou plutôt sa perception, afin de réaliser un équilibre entre la prise de risque suffisante pour faire tenir le système et la prise de risque excessive qui le déstabiliserait spéculativement.

C’est un jeu subtil, mais les Américains y excellent. Il sont en plein dans cette recherche d’équilibre très fin car il faut tenter de retirer un peu de ce punch monétaire qui rend les opérateurs financiers un peu trop euphoriques. Ce jeu, c’est celui du Taper et du calendrier de hausse des taux.

La situation se complique depuis 2012, date à laquelle les Japonais ont lancé, eux aussi, un programme très agressif d’achats de titres à long terme et en contrepartie un programme de gonflement du bilan de la Bank of Japan. Ils ont augmenté la masse de cash en Yens. Fort logiquement, ces yens « en veux-tu-en-voilà » ont fait chuter la valeur relative de la monnaie japonaise sur les marchés mondiaux.

En 2014, Draghi a insinué qu’il allait se lancer dans cette même opération; les sceptiques ne l’ont pas cru, ils ont imaginé que les Allemands allaient s’y opposer. Nous avons expliqué que Draghi allait négocier avec les Allemands les modalités d’un QE européen et que celui-ci aurait lieu. Tant que Merkel n’a pas décidé que l’Allemagne et les pays du Nord avaient intérêt à sortir de l’euro unique, ils accepteront tout, telle est notre thèse. Elle a constamment été vérifiée.

La condition allemande au QE de Draghi, c’est de préserver les pays du Nord des pertes futures sur les portefeuilles de fonds d’Etat et autres titres que le Système des Banques Centrales Européennes auront accumulé dans leur livres. Chacun doit garder ses pertes. Pas de mutualisation.

Maintenant, on parle, et c’est à juste titre, de mesures équivalentes à des QE, en Chine. La probabilité de telles mesures, adaptées à la situation chinoise, est forte en raison de la situation très délicate de l’économie du pays. Les dirigeants craignent que le ralentissement en cours ne pèse dangereusement sur l’emploi et les revenus.

Tout ceci signifie qu’un nouveau risque est apparu ; ce risque, c’est celui du change, celui de la valeur relative des monnaies.

Dans une interview récente, la patron du plus grand fond souverain du monde, le patron du Wealth Fund norvégien,qui, si nos souvenirs sont bons, n’est pas loin du Trillion, ce patron a cité le risque de change comme le risque majeur dont il se préoccupait dans sa gestion. De fait, la première manifestation des résultats du QE de Draghi, bien avant même que celui-ci soit mis en œuvre, a été la chute du change de l’euro, il a décroché de façon continue depuis les premiers indices lâchés fin 2014 ; de 1,32/1,33 contre dollar, on est passé à 1,05/1,06 ces derniers jours. Les positions spéculatives à la vente de l’euro sont considérables, celles à l’achat sur le dollar sont historiques. Tout cela promet de belles empoignades et de beaux accès de volatilité.

Quel est le lien entre la baisse du change des pays qui font des QE  et la chute de la valeur de leur devise? (…) C’est à dire que vous avilissez votre monnaie à la fois en regard des autres monnaies et à la fois en regard des prix des biens et services. Vous fabriquez ce que l’on appelle de l’inflation, ce que l’on appelle pudiquement  « lutter contre la déflation ».

(…)

Notre première question en termes d’investissement est la suivante : la hausse des Bourses européennes est-elle justifiée? Nous répondons, oui, sans aucun doute. En effet, dans la ligne de notre exposé ci-dessus, il n’est pas besoin de croire à l’efficacité des mesures de Draghi, au contraire, pour anticiper une hausse du prix des assets financiers lorsqu’ils sont soumis à la pression d’un QE. (…)

On fuit le cash pour de multiples raisons:

  • -D’abord parce que l’on peur de passer à côté de la hausse des marchés, c’est l’envie.
  • -Ensuite parce plus rien ne rapporte, les rendements sans risques deviennent inférieurs aux frais.
  • -Enfin parce qu’il y a la menace agitée des taux négatifs sur les dépôts et les confiscations.

La généralisation des taux négatifs est une arme puissante aux mains du Système et des Pouvoirs pour faire en  sorte que les épargnants et leurs institutions de prévoyance aillent sur les marchés.

Nul n’assiste impuissant et sans réaction à l’amputation de ses économies. C’est psychologique. Même si l’amputation est faible en regard des risques de pertes que l’on encourt en allant se faire « tarter » sur les marchés à des niveaux historiquement élevés. Un climat psychologique se crée et il devient de plus en plus prégnant. Les moutons ont l’épée dans les reins.

Depuis la fin 2014, tout se passe comme si une bonne fée s’était penchée sur le berceau européen, tout s’aligne, pour former une constellation favorable:

  • -Promesse puis réalisation de QE.
  • -Chute de la devise qui restaure la compétitivité sans douleur.
  • -Gain de pouvoir d’achat grâce à la baisse des prix du pétrole.
  • -Arrêt discret des politiques de rééquilibrage budgétaire, c’est à dire des politiques d’austérité.
  • -Frémissement de la création de crédit privé.
  • -Léger mieux de la consommation.
  • -Révision en hausse des prévisions de croissance des GDP.

On ne parle plus des objectifs de déficits non tenus, des ratios de dettes qui poursuivent leur détérioration, et pour cause, cela fait partie de la politique impulsée: il faut créer un climat positif, un sentiment, comme on dit. Ce qui produit la perception de l’amélioration, ce n’est pas le QE, bien entendu, il ne fera effet, s’il fait effet, que dans 6 à 18 mois ; non, ce qui produit l’embellie et l’alignement des étoiles, signes du Zodiac, c’est le Sentiment.

(…)

On comprend le chant désespéré des Allemands bon teint comme Sinn, Weidman et autres, qui tentent de se faire entendre dans ce tohu-bohu de la dérive. Ils ne cessent de clamer, il faut des réformes fondamentales, il faut mettre en place les conditions d’un retour durable à la croissance….Cause toujours! La reprise, ou plutôt l’embellie, reposent sur un changement d’ambiance, un nouveau « mood », une modification du sentiment et on ne peut, sans prendre le risque de les casser, continuer à tenir de propos bilieux, rabat-joie comme ceux de ces peine-à-jouir que sont les Allemandes pures souches.

(…)

Tout ceci correspond à une réalité perçue intuitivement: depuis 1970, la corrélation entre le marché américain et les Bourses européennes est forte, environ 45 à 50%, depuis 1970, elle s’est renforcée, pour devenir quasi totale depuis 2011, avec le déversement des flux d’argent des QE en recherche de rendement, sur les places mondiales plus risquées. A  noter que ces corrélations sont tristement plus fortes… à la baisse qu’à la hausse.

Ce qui laisse inquiet sur la capacité européenne à protéger les investisseurs en cas de choc négatif à Wall Street.

Une grande partie de la valorisation des Bourses européennes a pour origine la contagion américaine d’abord, puis le coûte que coûte de Draghi ensuite et, enfin, la mise en place du QE de la BCE. L’écart de valorisation moyen, établi sur la base de critères pertinents de long terme, montre que l’Europe est encore raisonnablement appréciée, même sur la base de la médiane historique, cela est rassurant. Une marge de hausse de l’ordre de 10 à 12% est encore possible sur la généralisation des taux d’intérêt négatifs.

Au-delà, on rentre dans le domaine des conjectures. La plus hasardeuse étant celle la réussite de la politique de redressement européen. Il faut envisager un redressement sensible des taux de marge et des profits des entreprises pour générer une hausse boursière qui ne serait pas spéculative et qui reposerait sur autre chose qu’une hausse de misère. Les remèdes actuels produisent évidemment la hausse, mais ils sont induits par la situation très obérée qu’il s’agit de traiter, non par les anticipations raisonnables et fondées de retour à une bonne santé.

Bruno Bertez

Original, source

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