Sigmund Freud et la psychologie des foules – 1. la propagande fasciste. Vincent Held

freudSigmund Freud était-il un simple « compagnon de route du fascisme », comme a pu le dire Michel Onfray… ou plutôt l’un de ses concepteurs ?

L’un des domaines d’applications concrets de la psychanalyse freudienne devait être la manipulation des foules à des fins politiques. Une réalité mal connue, qui explique cependant la proximité avérée du neurologue viennois avec les mouvements fascistes italien et allemand…

Libération - Freud IIC’est le moins que l’on puisse dire…

Avec sa célèbre Psychologie des foules, parue en 1895, le médecin français Gustave Le Bon avait inauguré un tout nouveau champ d’étude.

Sa grande intuition était la suivante. De même que le médecin peut induire un état hypnotique chez son patient, une foule peut être placée dans un état de transe par un phénomène dit de « contagion mentale ». Le meneur qui prend la tête d’une telle foule exerce alors sur celle-ci « un pouvoir presque absolu ».

Il est vrai que les analyses du Dr. Le Bon – qui se basaient sur l’étude d’un grand nombre de cas historiques – visaient avant tout à mieux comprendre les dynamiques psychologiques à l’œuvre dans les campagnes de propagande politique. Son but était de contrer « la démagogie », pas de mettre au point de nouvelles techniques de manipulation de masse !

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Le Dr. Gustave Le Bon, théoricien visionnaire et grand pionnier de la « psychologie sociale » moderne.

Il n’en demeure pas moins que ses travaux allaient très vite donner lieu à ce type de tentations…

Sigmund Freud en concepteur des grand-messes fascistes

« Reprenant à son compte la « Psychologie des foules«  de Gustave Le Bon, dont on sait à quel point elle a influencé Mussolini et Hitler, Freud […] décrit la société comme une « masse » d’individus […] soudés dans un amour unanime pour un « meneur » (Führer) hypnotisant. » (Le Monde, 07/05/2010)

De tous les arrivistes sans scrupules qui allaient bientôt s’emparer des théories de Gustave Le Bon, le plus célèbre est certainement Sigmund Freud. Dans Psychologie des masses et analyse du moi, un ouvrage paru en 1921, ce grand admirateur de Mussolini et partisan de l’Anschluss allait esquisser une stratégie de contrôle social basée, précisément, sur une forme « l’hypnose » de masse.

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« À Benito Mussolini, avec le salut respectueux d’un vieil homme qui reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture. » (Dédicace à Mussolini par Freud de son livre « Pourquoi la guerre ? », avril 1933 – Source : Le Monde)

Pour Freud en effet, un meneur (Führer) peut obtenir d’une foule « amoureuse » une obéissance totale, à la manière d’un médecin qui « paralyse » le cerveau de son patient par l’hypnose. Le meneur (Führer) peut ainsi diriger la foule vers des objectifs qui n’ont, dès lors, plus besoin d’être réalistes. Car lorsqu’elle est en transe, la foule devient « crédule ». Dans une telle foule, l’individu « éprouve le sentiment de toute-puissance », pour lui « la notion d’impossible n’existe pas ». Il « n’est plus lui-même, mais un automate que la volonté est devenue impuissante à guider ». Une foule de ce type redevient alors une « horde primitive ». Profondément « intolérante », elle « exige la force, voire la violence ». De plus, elle éprouve « la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs ». Les individus galvanisés deviennent « capables de faire preuve d’un grand désintéressement et d’un grand esprit de sacrifice ».

Bundesarchiv_Bild_183-1982-1130-502,_Nürnberg,_Reichsparteitag,_LichtdomCongrès de Nuremberg, 1934 (Source : Bundesarchiv / via Wikimedia)

Pour susciter chez les masses un tel état de fureur guerrière, Sigmund Freud émettait les recommandations suivantes :

  • les individus qui composent la foule doivent pouvoir s’identifier les uns aux autres, ainsi qu’à leur meneur (Führer); « l’homogénéité » raciale de la foule joue à cet égard un rôle primordial (il existe par exemple une « aversion des Aryens pour les Sémites », dont il faut savoir tenir compte pour former la « horde primitive ») ;
  • le meneur (Führer) doit être un homme ; il doit se montrer narcissique et dominateur (« le chef n’a besoin d’aimer personne […] son narcissisme est absolu. […] Les foules respectent la force et sont médiocrement impressionnées par la bonté ») ; il « doit présenter des images aux couleurs les plus criardes, exagérer, répéter sans cesse la même chose » ;
  • le meneur (Führer) doit être perçu comme un « héros » ; tous les succès de la « horde » lui sont attribués personnellement ; il est idéalisé et même « divinisé », car la foule a « besoin d’un dieu » ; il apparaît comme « tout-puissant », de façon à monopoliser sur sa personne les pulsions érotiques (libido) de la foule ;
  • les individus qui composent la foule sont subjugués aussi bien par l’amour pour le meneur (Führer) que par « la terreur » qu’il leur inspire ; face à lui, l’individu est « impuissant, sans défense ».

Ainsi, ce que Freud esquissait là, sous l’apparence d’une discussion théorique quelque peu décousue, c’était bien le mode d’emploi des futures grand-messes fascistes des années 1920-1930. Ces rassemblements géants de centaines de milliers de personne que les dirigeants italiens et allemands galvanisaient pour des exploits guerriers sans espoir…

Nürnberg, Reichsparteitag, SA- und SS-AppellSource : Bundesarchiv / via Wikimedia

Il n’est donc nullement étonnant que Freud ait, par la suite, accepté de travailler avec l’Institut Göring de Berlin, qui sera chargé de réaliser des « études sur la psychologie des masses » sous le IIIème Reich. Cette participation à l’élaboration – voire à la mise en œuvre – des propagandes fascistes italienne et allemande pourrait toutefois ne pas être l’aspect le plus sombre des travaux du célèbre psychanalyste.

En témoigne sa relation extrêmement trouble au médecin britannique Wilfried Trotter, une figure-clé de la « psychologie sociale » qui ne faisait pas mystère de son intention de favoriser la « dégénérescence » mentale des masses occidentales. Et qui, pour ce faire, comptait bien s’appuyer sur les découvertes de la psychanalyse freudienne… sans que le principal intéressé, bizarrement, n’y trouve rien à redire !

Ce sera l’objet de notre prochaine publication.

Couverture Vincent

Par Vincent Held, auteur du Crépuscule de la Banque nationale suisse, d’Après la crise et d’Une civilisation en crise, Éd. Réorganisation du Monde, janvier 2020.

PROPAGANDA : Edward Bernays plébiscité par les Drs. Freud et Goebbels

La Tribune_Bernays

« Goebbels […] avait lu Propaganda (1928), le livre d’Edward Bernays et bible des publicitaires et des politiques américains. L’auteur, neveu [de] Sigmund Freud, y définissait les méthodes pour « contrôler et régenter les masses conformément à notre volonté sans qu’elles en aient conscience« . Ses clients étaient aussi bien des multinationales […] que des hommes politiques tel que le vice-président américain Calvin Coolidge. » (GEO Magazine, juin 2016)

« J’ai entamé ton livre [Propaganda] non sans quelque appréhension, [craignant] qu’il ne soit trop américain à mon goût. Toutefois, je l’ai trouvé si clair, si habile et si compréhensible que je le lis avec plaisir. Je te souhaite tout le succès possible dans cette entreprise. » (Sigmund Freud à son neveu Edward Bernays, mars 1928)

« Propaganda va constituer un véritable manuel dont Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande nazie, fut un lecteur attentif. « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique, explique Bernays. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays ». » (L’Humanité, décembre 2007)

« Dans la lutte politique en Allemagne au printemps 1932, Gœbbels, le manager propagandiste d’Hitler […] déclarait urbi et orbi qu’il allait employer dans sa propagande – pour l’élection d’Hitler comme président de la République allemande – « des méthodes américaines et à l’échelle américaine ». (Tchakhotine, Le viol des foules par la propagande politique, 1939)

« La propagande politique au XXe siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine. » (Préface de la version française de Propaganda, Éd. La Découverte, 2007)

8 réflexions sur “Sigmund Freud et la psychologie des foules – 1. la propagande fasciste. Vincent Held

  1. Pingback: Le blog de Liliane Held-Khawam: Freud et la psychologie des foules – 1. la propagande fasciste (Vincent Held) – chaos

  2. Excellent article dont les références sont tout à fait pertinentes et avérées, n’en déplaise à la Doris. En effet, il a le grand mérite de rappeler que les vieilles ficelles sont toujours d’actualité et on est d’ailleurs en plein dedans !

    Petite démonstration : substituez les mots « 11 septembre (9/11) » et « terrorisme » d’hier à « Coronavirus » et « vaccin » d’aujourd’hui. Matraquez bien le tout dans les médias et le tour est joué.

    En complément, un petit dossier qui peut toujours aider…

    http://ekladata.com/FYizz-Ox0UyCfV_bZXhiUu3xyfo/Vitamine_C_PDF.pdf


    https://www.fichier-pdf.fr/2011/07/08/linus-pauling/preview/page/1/

    Ca aussi qui est très « complotiste » mais sacrément intéressant…

    https://reseauinternational.net/coronavirus-les-exercices-defender-europe-20-de-lotan-menacent-leurope/

    Ce qui a déjà été fait avec le vaccin contre Ebola…

    Et voilà ce qui se faisait en toute liberté il y a à peine deux ans près de San Francisco…

    Décidément, les faits ont la vie dure, non ?

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  3. Et si on y rajoute Gustave Le Bon, on a un bon aperçu de la question ! Les foules sont bêtes à manger du foin 30 000 revendications différentes expurgées du million et quelque (gilets jaunes) y compris contradictoires entre elles, abscons, sans queue ni tête, insultantes, irréalistes, égoïstes et j’en passe.

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