Spin Doctors ou les poisons de la démocratie. LHK

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Judith Barben Christoffel, auteure de « Les Spins Doctors du palais fédéral »

La démocratie est un régime politique où le peuple est souverain. Lois et pouvoirs tirent leur légitimité du peuple. La déclaration des droits de l’Homme et des Citoyens qui a sorti les peuples de l’esclavage et de l’asservissement repose sur ce principe.

Le peuple a besoin d’intermédiaires qui le représentent avec loyauté et sincérité. Ce sont ses élus qui doivent impérativement s’informer des besoins de la base et informer des réalités politiques et gestionnelles de l’Etat. Tout biais dans le sens de la collecte des informations ou de sa restitution va se répercuter directement sur la relation de confiance que le peuple a dans ses représentants.

Pour que le peuple puisse assumer son rôle et voter dans le sens du bien et de l’intérêt communs il faut que l’échange d’informations entre les deux groupes peuple/gouvernants soit le plus fiable et le plus fiable possible.

Un peuple informé est une puissance en marche par opposition à un peuple anesthésié par la désinformation qui perd de sa créativité, de sa confiance dans ses dirigeants et qui finit par développer une forme de déprime voire dépression collective. Il devient plus difficile à mobiliser et à motiver.

Le peuple suisse qui a officiellement le pouvoir d’imposer des lois par référendum ou initiatives populaires est en train de basculer de la catégorie de population informée et mobilisée au statut de citoyens découragés et désabusés.

On lui fait par exemple croire qu’il est toujours en démocratie directe alors qu’en réalité les conseillers fédéraux détiennent les mêmes armes que celles qui agitent en ce moment la France avec le 49.3 qui donne le pouvoir au premier ministre d’imposer  sa décision. Les ordonnances fédérales sont encore plus efficaces que le 49.3 puisqu’elles ne peuvent être censurées…. Le pouvoir a été centralisé à Berne affaiblissant la démocratie mais aussi les cantons et les communes… La Confédération n’est plus qu’une Fédération, enfin en théorie, et la démocratie directe pourrait rivaliser avec le principe du sondage. Sans plus.

Si actuellement le peuple suisse commence à se rendre compte que les choses ne sont plus ce qu’elles ont été, il semble pourtant un peu tard pour reprendre le pouvoir qui a été transmis à des tiers privés ou étrangers.

La véritable démocratie directe suisse semble appartenir tous les jours un peu plus à l’histoire. La Suisse est en voie de dissolution et cela rappelle à certains une phrase qui aurait été dite en 1991 par une Conseillère fédérale lors du 700ème anniversaire de la Suisse:

« Savoir s’il y aura encore ou non une Suisse est en somme secondaire. Personnellement, j’espère qu’au-dessus des Etats s’établira une superstructure européenne. Cela est d’ailleurs sur le point de se réaliser. Que la Suisse survive ou non dans cette entité plus vaste m’est assez indifférent. »

Cette phrase aurait été prononcée juste avant que la personne n’accède aux plus hautes marches des responsabilités du pays. Comment peut-elle alors gouverner un peuple qui tient à la cohésion et à la pérennité de son pays? Il faut user de spin doctoring , quitte à faire vibrer la fibre nationale lors des discours sans oublier d’insister sur le « cas de la petite Suisse », de sa fameuse démocratie directe, etc.

Qu’est-ce que le spin doctoring?

Les définitions sont nombreuses, sérieuses, prouvées et éprouvées. Il existe un métier réel de Spin Doctors. Nous y reviendrons largement dans nos prochaines publications.

En attendant, voici un processus vulgarisé du Spin Doctoring. Envisageons-la en 5 étapes:

  • On commence par collecter des informations auprès du peuple (sondages par exemple, visites de quartiers, etc), de faire croire à un désir sincère d’y répondre en utilisant rigoureusement la sémantique que le peuple veut entendre.
  • En parallèle, la gouvernance effective de l’Etat pourrait s’orienter dans une direction totalement opposée à celui attendu par le peuple.
  • On  distille à toute petite dose des éléments réels tout le long des discours officiels mais en les enrobant fortement du vocabulaire et des attentes du peuple.
  • Résultat? Double-discours et « mensonges d’Etat » se succèdent. Une gouvernance schizophrénique est conduite et enferre les dirigeants.
  • A partir d’un certain volume de mensonges, dire la vérité devient effectivement impossible voire dangereux. Dès lors, même les élus sincères sont coincés et condamnés à jouer aux équilibristes.

Les exemples de manipulation sont nombreux.En voici quelques-uns en vrac.

Le plus patent et le plus grave est celui qui fait croire aux Suisses qu’ils sont encore souverains et que les accords bilatéraux n’équivalent pas à une adhésion en bonne et due forme.En réalité, l’adhésion de la Suisse à l’UE avait été entériné dès 99 grâce à la réforme de la Constitution qui a déchu le peuple Suisse de leur rôle de Souverain. Cette réforme reposait sur le prétexte de modernisation. On y avait alors abandonné le mot Nation et reconnu la suprématie du droit international. Le tour était finement joué.

Le nombre d’exemples de manipulations est considérable. Pensez à la réforme de la  loi sur la BNS qui n’a jamais été soumise à référendum. Cette loi qui vante l’efficacité de la gestion et la performance. Pendant ce temps, nous cherchons toujours la prospérité, l’efficacité et la performance promises… 13 ans plus tard, nous sommes face à un gigantesque hedge fund qui cumule les risques et qui paupérise les citoyens.

La politique monétaire déflationniste et récessionniste de la BNS qui mènera la Suisse tôt ou tard  à la faillite n’aurait jamais trouvé un silence plus ou moins approbateur si elle ne s’était pas cachée derrière l’appellation valorisante de franc suisse fort et le soutien aux exportateurs.

Un référendum sur la libéralisation du marché de l’électricité a été refusé en 2002 mais admis par les chambres en 2004, etc. On nous a toujours vanté la modernité mais aussi les vertus du libéralisme en omettant de nous expliquer que le libéralisme était en réalité la liberté de la bourse et la mort de la libre concurrence spécialement celle des PME.

Souvenons-nous aussi du Marketing autour de l’Espace Economique Européen où on nous avait parlé de la libre circulation des « personnes » en oubliant de préciser que les « personnes » concernaient avant tout les entreprises dans le jargon juridique et économique. L’enthousiasme de certains lors de la votation de 92 n’aurait pas été le même.

Les contrats signés par Eveline Widmer-Schlumpf avec les Etats-Unis où les droits les plus élémentaires des citoyens ont été bafoués n’auraient jamais passé si on n’avait pas tout d’abord sali la place financière suisse et ses employés pour présenter tout de suite après la Stratégie d’argent propre portée par des ambassadeurs notables des manipulations financières. Rappelons au passage que ladite stratégie a cassé l’industrie financière suisse au profit de véritables paradis fiscaux américains.

La manipulation financière a besoin de manipulation psychologique pour éviter aux nouveaux maîtres de se faire lyncher par le grand nombre.

Tout ceci est donc porté par un puissant spin doctoring qui s’accommode très bien d’une morale lacunaire voire défaillante. Ces spécialistes usent et abusent de techniques anesthésiantes qui plaisent au subconscient des votants. Ils sont les calmants des gens de la rue qui par la simple loi des grands nombres pourraient bloquer les velléités de prise de pouvoir de certains.

Dans son livre Judith Barben recense les manipulations de la démocratie suisse

C’est dans ce contexte malsain de double-discours et de marche vers la fin des démocraties occidentales que le livre de Judith Barben:« Les Spin Doctors du Palais fédéral, comment  la  manipulation et la propagande compromettent la démocratie directe » a attiré notre attention et notre intérêt!

C’est un ouvrage d’investigation qui relate une foule de manipulations politiques qui font dysfonctionner gravement la démocratie. Aucune attaque à l’emporte-pièce du genre complotisme et conspirationnisme – inventions agréables et pratiques des spin Doctors-n’est possible. Les sources sont officielles et implacables. D’ailleurs, ce livre publié en Allemand et en Français n’a pas été attaqué en justice.

On y découvre entre autres comment des professionnels de la communication et du Marketing politique manipulent l’information.

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Le livre de Mme Barben est donc un must à lire. Dans la préface, M Carlo S. F.  Jagmetti, ancien  ambassadeur de Suisse aux États-Unis dit ceci:

« La propagande, la désinformation, la manipulation et les techniques qui en font partie sont des instruments pratiqués dans le monde entier, tristement célèbres mais – hélas – parfois assez efficaces. Ils n’épargnent pas la Suisse, comme l’auteure le montre de manière convaincante. Judith Barben explique le phénomène au moyen d’exemples  méticuleusement documentés.

La présentation de la façon dont, lors de votations d’importance fondamentale, l’exécutif fédéral et son administration ont d’abord manipulé – souvent avec succès – le Parlement puis le souverain est particulièrement impressionnante !

Pour que de telles manipulations puissent réussir, il faut que les votants  soient  réceptifs.  C’est  le  cas lorsque le peuple a confiance dans les autorités politiques. Les « spin doctors » abusent de cette confiance, mais les citoyens commencent à soupçonner qu’ils sont l’objet de manipulations. La confiance commence visiblement à s’effriter à un point que même les plus vieux habitants de la Suisse n’ont jamais observé de leur vivant. Aujourd’hui, du fait de la crise politique, financière et économique, de nombreux Suisses se sentent désécurisés et,  parfois,  laissés  pour compte.

Il est indispensable de faire une pause, de réfléchir et de développer de nouvelles stratégies pour l’avenir. Un débat fondamental et sincère sur d’importantes questions de politique intérieure et extérieure et surtout de politique de sécurité est urgent. L’ouvrage de Judith Barben est une contribution importante à l’information des citoyens qui aimeraient transmettre aux générations à venir une Suisse qui continue de s’engager en faveur de ses principes fondamentaux que sont l’indépendance, le fédéralisme et la démocratie directe. »

Nous ne sommes donc pas surpris d’apprendre qu’un grand éditeur suisse ce soit désisté…

« L’auteure de ce livre était en négociations avec un grand éditeur suisse pour la publication de son manuscrit. Le directeur éditorial était très intéressé et laissait entrevoir une publication prochaine. Il a présenté le livre à un ancien haut fonctionnaire du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Celui-ci lui a répondu que cet ouvrage signalait à juste titre des irrégularités réelles, qu’il était passionnant, qu’il aurait sans doute de nombreux lecteurs et qu’il pourrait faire un best-seller, mais qu’une critique aussi claire et aussi massive de la Confédération mettrait l’éditeur dans une position délicate. Sur ce, l’éditeur a retiré son offre. »

Tout ceci n’honore bien sûr pas la démocratie et encore moins la démocratie directe.

C’est tout naturellement  que nous offrons la place à ce genre d’informations sur ce site. Soutenus par l’éditeur, nous allons publié dans le cadre d’une série de larges extraits de ce livre dont le contenu devrait être porté à la connaissance de tout citoyen votant suisse.

Bonne lecture.

Liliane Held-Khawam

4 réflexions sur “Spin Doctors ou les poisons de la démocratie. LHK

  1. Pingback: Revue de presse internat. | Pearltrees

  2. Pingback: La démocratie directe suisse polluée! Judith Barben – Le blog de Liliane Held-Khawam

  3. Le terme « Spin Doctors » ne parle pas à la majorité de la population. Hélas! Difficile demander à celui qui n’est jamais sorti de sa langue maternelle de comprendre le sens profond de ces mots…Si on comprend bien ce qu’est la désinformation, on l’imagine volontiers chez les voisins! Le citoyen moyen est à mille lieues d’maginer que la propagande nationale-socialiste (pour faire simple:nazie!) n’était pas d' »extrême droite » (sic).
    Comme l’école d’aujourd’hui n’apprend plus à réfléchir, on peut légitimement se demander ce qu’il adviendra de la Suisse.
    Pour terminer sur une note plus optimste (!), je recommande également la lecture du livre récent d’Uli WINDISCH: La Suisse brûle. Edition Bibracte. Un excellent antidote à la langue bois.

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  4. Pour ma part, la Suisse est un concept qui tend à appartenir au passé. Je regrette que toutes ces réorganisations se soient faites dans le dos des gens.

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