Le grand scandale de la corruption des « experts » scientifiques. Enquête de Greenpeace

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Avant-propos:

Dans le royaume du dieu-argent, tout est à vendre.

Normalisation du « lobbying » dans les espaces du pouvoir public.

Jeu des chaises musicales entre les postes de gouvernance publique et privée, locaux et transnationaux.

Cession pour des bouchées de pain du patrimoine commun et public.

Mensonges cumulés, constants et patents autour de l’octroi de pouvoirs et de puissances publics à des entités de type société privée.

C’est dans ce contexte de gangrène généralisée de la société publique par l’argent de la Haute finance internationale que nous publions cette enquête édifiante menée par Greenpeace sur la corruption de scientifiques.

CONSTAT: Oui on peut acheter le savoir scientifique, ses rapports et le pouvoir qui en découle!

On ne peut s’empêcher de penser que si cela existe pour la thématique du climat, il n’y a aucune raison pour que cela ne soit pas le cas au sujet de thématiques médicales, chimiques et pharmaceutiques.

Les circuits et procédés financiers couverts par des ONG peu regardantes  pourraient s’adapter à toute thématique de « quittance » scientifique. On peut par exemple légitimement trembler pour les plus jeunes avec les controverses autour de l’hyper-vaccination…

Les études des lanceurs d’alerte dans les domaines scientifiques méritent dès lors d’être mieux scrutées…

Le questionnement reste rigoureusement valable au sujet des OGM si controversés, si honnis par les populations mais imposés malgré tout par les technocrates « scientifiques » et « experts »…

Force est de constater que l’argent a acheté les consciences, ultime bastion de la liberté humaine!

Les génies d’autrefois ont quitté leur passion, les alcôves et la pauvreté pour devenir des scribouillards aux ordres de faiseurs de misère…

Les lumières de l’intelligence des piliers de ce monde s’éteignent tous les jours un peu plus pour laisser toute la place au dieu-argent…

Liliane Held-Khawam

Des experts du climat corrompus pris au piège. Etude de Greenpeace

Drôle d’ambiance au Bourget : le texte est éclusé derrière des portes closes. La présidence française de la COP21 met la pression pour obtenir un accord dans les délais, afin de pouvoir annoncer un succès diplomatique. Au détriment sans doute du fond : pressés par le temps, les négociateurs risquent fort de s’accorder sur un texte a minima. Consensus mou, très mou. Les options susceptibles de déboucher sur des solutions réelles face au dérèglement climatique sont gentiment éclipsées. Et la frustration comme l’inquiétude montent chez les ONG.

Au même moment, nous publions une vaste enquête qui montre comment l’industrie pétrolière est capable d’acheter très facilement des universitaires pour faire publier des rapports fallacieux mais conformes à leurs intérêts mercantiles.

Le savoir, c’est du pouvoir

Dans les questions climatiques comme dans tout autre question politique, le savoir c’est du pouvoir. Les négociations offrent une belle démonstration de cette relation élémentaire. Toutes les mesures qui sont débattues le sont à partir de chiffres présentés comme scientifiques – du moins comme fiables. La construction des faits est donc un enjeu majeur. Ce sont eux qui permettent de cadrer un problème d’une certaine façon, eux qui, partant, légitiment certains arguments, eux encore qui servent d’objectifs concrets. Et c’est d’ailleurs un véritable combat que de faire admettre certains faits scientifiques, comme la réalité du changement climatique, son origine anthropique et la nécessité de maintenir l’augmentation des températures en dessous de 1,5°C d’ici la fin du siècle.

Pour se mouvoir dans les rapports de force politiques qui structurent la société, il faut donc être en capacité de produire de l’expertise, du discours objectif.

Des éléments qui polarisent le débat et démontrent certaines vérités. Et qui servent bien évidemment à abattre tout un travail d’influence pour défendre certains intérêts. C’est ainsi que vit grassement toute une armée de lobbyistes chargés de défendre les intérêts particuliers des pires industriels. Mais aussi bon nombre « d’experts » reconnus comme tels par les institutions, à l’instar de certains professeurs émérites.

Or, l’industrie fossile est naturellement friande de prestation. Une enquête a même été ouverte aux Etats-Unis contre Exxon Mobile, afin de sanctionner ses pratiques de « brainwashing » : de lavage de cerveau, pour le dire vulgairement.

Dans l’histoire qui suit, nous montrons comment il est possible pour ces compagnies de s’acheter des rapports académiques pour contester la nocivité des énergies fossiles sur le climat.

Peut-on acheter le savoir scientifique ?

Pendant six mois, certains membres du bureau anglais de Greenpeace se sont fait passer pour des représentants d’entreprises de charbon et de pétrole, afin d’enquêter sur le travail académique autour des énergies fossiles. Ils ont donc demandé à de célèbres professeurs des universités de Princeton et de Pennsylanie de rédiger des articles favorables à l’exploitation du pétrole et du charbon pour les pays en voie de développement, contre rémunération.

Le professeur William Happer, universitaire climatosceptique de premier plan, a ainsi accepté d’écrire un rapport pour une « compagnie pétrolière du Moyen-Orient » (appelons-la “Greenpeace Petroleum”) et de ne pas divulguer sa source de financement. Pour situer le personnage, W. Happer devait s’exprimer hier après-midi même devant le Sénat américain, en tant qu’orateur principal d’une audience organisée par le candidat républicain aux présidentielles Ted Cruz.

Ils ont également demandé au professeur Frank Clemente, sociologue à l’université de Pennsylvanie, s’il pouvait écrire un rapport pour « contrer les recherches préjudiciables qui établissent un lien entre le charbon et les morts prématurées, en particulier le chiffre de l’OMS selon lequel 3,7 millions de personnes meurent chaque année de la pollution des combustibles fossiles ».



L’universitaire a affirmé qu’une telle mission était dans ses cordes, qu’il pouvait être cité avec son titre universitaire… et qu’il prendrait environ 15 000 dollars pour un article de 8-10 pages.

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait besoin de rendre publique l’origine des fonds, le professeur Clemente a déclaré, magnanime :

« Il n’y a aucune obligation à déclarer les sources de financement aux États-Unis ».

A l’appui, il a cité l’exemple d’un discours et d’une tribune financés par Peabody Energy, le plus grand charbonnier de la planète, ajoutant :

« Dans aucun de ces cas, le sponsor n’a été identifié. Je publie tout mon travail en tant que chercheur indépendant. »

Le professeur Clemente a également affirmé que pour un autre rapport sur « la valeur mondiale du charbon », il avait d’ailleurs reçu la somme de 50 000 dollars de la part de Peabody Energy. La source du financement était mentionnée en petits caractères en fin d’article, mais le montant perçu n’avait encore jamais été divulgué.

Cette prédisposition des professeurs Happer et Clemente à garder sous silence les sources de financement va naturellement à l’encontre de l’éthique de certaines revues scientifiques. La revue Science, par exemple, affirme dans ses conditions de soumission d’articles que tous les auteurs de travaux de recherche « doivent mentionner clairement leurs affiliations, sources de financement ou participations financières qui pourraient soulever des questions sur de possibles conflits d’intérêts ». Pour autant, les manquements doivent être légion, si l’on s’en tient à la facilité avec laquelle les représentants de “Greenpeace Petroleum” ont pu obtenir ce qu’ils voulaient.

Blanchiment d’intérêts

L’enquête a également mis au jour l’existence de « voies alternatives » permettant à des entreprises pétrolières et gazières étrangères de financer, tout en gardant l’anonymat, des scientifiques et des organisations américaines climato-sceptiques.

Lorsqu’on lui a demandé de garantir qu’il serait impossible de remonter jusqu’à la source de financement d’un rapport jusqu’au Moyen-Orient, un autre professeur, M. Happer, a contacté William (Bill) O’Keefe, un de ses collègues du conseil d’administration du think-tank CO2 Coalition et ancien lobbyiste pour le compte d’Exxon. Ce dernier a suggéré de faire passer la commande via Donors Trust, une organisation controversée qui permet de collecter des dons anonymes, parfois surnommée « le distributeur automatique d’argent sale » du mouvement conservateur américain.

Lorsque les enquêteurs ont demandé à Peter Lipsett du Donors Trust si cette organisation accepterait de l’argent d’une compagnie pétrolière basée au Moyen-Orient, il a répondu – précisant malgré tout que le Trust préférait que l’argent provienne d’un compte bancaire américain :

« Nous pouvons accepter [des fonds] provenant d’un organisme étranger, mais il faudra juste que nous fassions très attention. »

Blanchiment d’expertise

Nos reporters/enquêteurs sous couverture ont également demandé au professeur Happer, qui siège au Conseil consultatif académique de la Fondation sur le réchauffement climatique (Global Warming Policy Foundation – GWPF), s’il pouvait soumettre le rapport financé par l’industrie au même processus de « validation par des pairs ». Ce même processus qui aurait permis « un examen attentif par les pairs » de précédents rapports de la GWPF. Le professeur Happer a expliqué que ce processus consistait à faire évaluer les rapports par des membres du Conseil consultatif et d’autres scientifiques sélectionnés, plutôt que de les présenter à une revue universitaire.

Il a ajouté :

« Je serais ravi de demander le recours à un processus similaire pour les premières ébauches du texte que j’écrirai pour vos clients. À moins que nous ne décidions de soumettre le texte à une revue classique – avec toutes les complications de retard, voire de rédacteurs et réviseurs romanesques que cela implique – c’est la meilleure chose à faire, et je pense qu’on pourra tout à fait parler d’une “révision par les pairs” ».

Tranquille. Une manière de fusionner capital financier et capital symbolique, argent privé et respectabilité publique.

Pour information, la GWPF a récemment utilisé le fidèle système « d’évaluation par les pairs » pour un rapport sur les bénéfices du dioxyde de carbone. Le Dr Indur Goklany, auteur du rapport en question, affirme avoir été initialement encouragé à l’écrire par le journaliste Matt Ridley, par ailleurs membre du Conseil consultatif de la GWPF, qui a ensuite déclaré dans les colonnes du Times, un grand journal britannique, que le rapport avait été « soigneusement examiné par des pairs ».

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