La redistribution des excédents financiers entre pays avec les contribuables en garants finaux (TARGET)

Compilation d’articles.

A Propos du Vendredi 21 Décembre 2012 : Hans Werner Sinn à lire et à relire par Bruno Bertez

Article1: Qui est le professeur Sinn?Il est difficile de contester la compétence de Werner Sinn. On est loin des ronrons politiciens ou des phrases creuses des officiels. Président de l’IFO allemand de recherche économique, il a toutes les distinctions imaginables dans son pays. Chaire d’Economie et de Finances Publiques à l’Université de Munich, chercheur invité à la London Scholl of Econnmics, à Princeton, à Stanford etc…. Il vient de republier un entretien  dans le Handelsblatt. Comme on en parle peu, nous en profitons pour combler cette lacune et rappeler ses positions: Ce sont celles de quelqu’un qui a accès à toutes les informations, même celles que l’on cache, et qui ne pratique pas la langue de bois. Il est l’ennemi de la bien-pensance européenne. Vous ne lirez pas cela chez les économistes payés par les banques ou dans les médias. 

   Si on lui demande est ce que la politique de la BCE est efficace, il répond: «Tout ce que Draghi a fait, c’est d’expliquer aux investisseurs, aux banques, aux hedge funds que les contribuables des pays encore sains allaient payer et faire en sorte que eux puissent faire leur plein sur leurs créances » 

targetgraph

Sur la fameuse  Banking Union scélerate : « Cela collectivise les dettes des banques. Ces dettes sont trois fois supérieures à celles des souverains. Ce sont normalement les créanciers qui devraient supporter les pertes, pas les contribuables, pas les retraités, pas les épargnants. Les banques devraient être autorisées à faire faillite. L’Union Bancaire ne sauvera ni l’Europe ni l’Euro. Elle ne va bénéficier qu’aux financiers de Wall Street, de la City et à quelques institutions financières allemandes. Les banques continuent à fonctionner sur le dos des citoyens sous couvert de la solidarité ». 

Nous ne pouvons qu’applaudir la  démystification de cette solidarité que l’on nous jette au visage! 

Plus de Bruno Bertez:

Sur l’Espagne: « la dette extérieure de l’Espagne est supérieure à toute la dette des pays en crise réunis , avec un chômage aussi gros que la Grèce. C’est une terrible combinaison. « 

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Cela fait plusieurs années que Sinn alerte sur  ce qu’il appelle le scandale des soldes Target 2 de la Bundesbank (le système Target 2 est le système de paiement interbancaire de la zone euro). Avant la crise, les échanges commerciaux ou de capitaux étaient principalement réglés sur le marché interbancaire. La hausse des soldes Target que dénonce Sinn est le symptôme de la profondeur de la crise dans laquelle se débat la zone euro. Ces soldes indiquent que les banques centrales de l’euro zone sont obligées de se substituer au marché interbancaire qui, 4 ans après 2008, n’est toujours pas en état de fonctionner normalement. Sans ça, les banques des pays en difficulté ne pourraient pas couvrir leurs besoins de refinancement. Les banques allemandes montrant une aversion croissante pour s’engager dans les pays en crise, la Bundesbank est contrainte d’augmenter le niveau de ses interventions. 

Pour Sinn, ce système de garanties de dettes imposées au réseau des banques centrales européennes – garanties qui atteignent désormais des centaines de milliards d’euros – pourrait constituer un coût effroyable pour les contribuables allemands en cas d’explosion de l’eurozone. 

 Fin février, Jens Weidmann, le président de la Bundesbank en personne, écrivait une lettre à Draghi pour l’alerter sur les risques posés par ce système de paiement interbancaire Target 2.

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Sur l’Italie: « les réformes de Monti ont été bloquées sitôt que Draghi a avancé son programme d’achat de bonds souverains. En suggérant la printing press, Draghi a  retiré la pression, bloqué les réformes. Les syndicats refusent tout maintenant. Hélas l’absence de compétitivité ne disparait pas avec la protection des obligataires ». 

Sinn pense que « plus on retarde les ajustements, ce que l’on fait maintenant, plus ils seront douloureux. Pendant ce temps, les investisseurs, les banques (les kleptos NDLR)  vendent leurs dettes toxiques sans décote aux fonds gouvernementaux de sauvetage sur le dos des retraités et contribuables des pays qui sont encore sains » 

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Dans son interview, Sinn ne prend pas de gants pour dresser un constat lugubre de la réalité de l’économie des pays du sud de l’eurozone. Puisqu’avec l’euro, les pays en crise ne peuvent plus dévaluer leurs monnaies pour redevenir compétitifs, ils n’ont plus d’autre solution que de procéder à de douloureuses dévaluations internes afin de produire des biens moins chers et capables de soutenir la concurrence des autres pays de l’eurozone.

Malheureusement, selon Sinn, à l’exception de l’Irlande, ces dévaluations internes n’ont pas encore porté leurs fruits et, pire, aussi douloureuses soient-elles, elles continueront à n’avoir aucun effet positif significatifs aussi longtemps que le robinet de l’argent des plans de sauvetage européens continuera à couler. Mais sauvetage européen ou pas, in fine, les pays qui ne veulent pas réduire leurs coûts de production n’auront pas d’autre choix que de sortir de l’euro.

Pour Sinn, il faudrait aider ces pays qui sortiraient de l’euro en mettant en place des annulations de dette et en injectant de l’argent dans leurs banques. Mais plus les mesures radicales seront retardées, plus les investisseurs privés pourront continuer à revendre sans perte leurs obligations toxiques aux fonds de sauvetage gouvernementaux. Et pour Sinn, ce sont donc les contribuables et les retraités des pays financièrement sains qui finiront par payer la note.

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Sur Merkel, c’est intéressant car cela permet de comprendre le faux calme actuel : « elle cherche à gagner du temps pour les élections fédérales, il ne se passera rien d’ici là.  Elle fait le jeu des banques et des investisseurs, elle espère désamorcer  les thèmes de l’opposition pour être réélue. Après on verra ».
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“Les investisseurs gagnent de l’argent et les retraités perdent du temps” affirme Sinn. Le fait que le gouvernement allemand parle de mettre en œuvre des mesures « pour gagner du temps » ne peut être interprété que d’une seule manière : Angela Merkel et ses ministres ont pris le parti des investisseurs privés. 

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Pour Sinn, « la puissance de feu de l’industrie de la finance » a permis d’obtenir d’excellents résultats dans sa stratégie d’influence de l’opinion publique. Et c’est pour cette raison que les responsables politiques européens ont fini par considérer que la solution à la crise consistait effectivement à ramener la confiance chez les créanciers des pays du sud grâce à l’argent des contribuables des pays du Nord.

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 D’une certaine façon nous croyons comprendre que la position conciliante actuelle de Merkel n’est pas garantie après l’élection.. Faut-il alors s’attendre à des réveils agités?

 Sinn, la compétence au service du décapage

Bruno Bertez Source: Le blogalupus.com

http://leblogalupus.com/2012/07/15/zone-euro-defiance-de-tres-grande-ampleur-via-target2-lallemagne-continue-de-financer-lespagne-et-litalie/

http://leblogalupus.com/2011/12/08/bce-et-target2-voici-pourquoi-la-france-pourrait-etre-desormais-du-mauvais-cote-de-la-balance/

http://leblogalupus.com/2012/08/12/lallemagne-sinquiete-des-desequilibres-du-systeme-interbancaire-europeen-target2/

La crise des liquidités européennes financée par l’argent du trafic de paiement des États – Par Liliane Held-Khawam (18 octobre 2014)

La BCE et ses alliées financeraient les déficits des pays de la zone euros depuis 2008 à travers le système de trafic de paiement commun. La méthode semble pour le moins surprenante! Dès le 29 avril 2011, un éminent économiste allemand, membre du cabinet de conseil du ministre allemand de l’Economie, du nom de Hans-Werner Sinn titrait son article ainsi : « La stratégie secrète de renflouage menée par la BCE » (1). Les excédents des pays exportateurs financeraient les déficits des autres.

L’histoire commence en 2007-2008. Le marché financier est secoué par la crise des subprimes. Les dirigeants européens étaient confrontés à un double danger. Le premier consistait à devoir renflouer les banques commerciales européennes imprudentes et spéculatrices. Le deuxième était de mettre à l’abri certains pays de la zone euros à court de liquidités du risque d’un défaut de paiement.

Si tout le monde connaît l’histoire du sauvetage des banques suite à la crise des subprimes qui a vu partir en fumée Lehmann Brothers, l’épisode du renflouement des Etats européens déficitaires l’est moins. Les établissements financiers internationaux secoués par leur propre crise, refusent dès 2007 de financer les pays européens en difficulté, les fameux « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne). Or, tous ces pays ont dû renoncer dans le cadre de leur intégration à l’UE à se faire financer par leur banque centrale (par ex. loi de G. Pompidou de 1973 en France) et à passer exclusivement par les marchés privés. Par conséquent, si ceux-ci refusent de le faire alors les pays courent le risque du défaut de paiements! C’est alors que la BCE et ses alliées entrent en piste.

Or, la BCE n’a elle non plus statutairement pas le droit de financer en direct un Etat-membre de sa zone. Pourtant c’est exactement ce qui s’est fait grâce au système « Target2″, un acronyme signifiant « système de transfert express automatisé transeuropéens à règlement brut en temps réel ». C’est donc la plateforme de trafic de paiement commune à l’ensemble de la zone euro. Tous les pays « PIGS » avaient eu la bonne idée de s’y connecter en 2008…

Target est donc une plateforme sur laquelle sont effectuées toutes les opérations de paiement entrantes ou sortantes d’un pays qui lui est connecté. Cette plateforme donne quotidiennement le solde des flux financiers d’un pays.
GraphiqueTarget
Quand un pays possède un déficit de sa balance des comptes courants, celui-ci peut être compensé par un apport de capitaux privés. Mais dès 2007 cet afflux d’argent privé s’est révélé insuffisant. Les banques centrales l’ont alors compensé…

Prenons l’exemple de l’Espagne sur le graphique 1 (4). Elle présente un solde de Target à -200 milliards d’euros. Par conséquent, elle doit les compenser par un emprunt de l’étranger via la BCE de 200 milliards d’euros faute de quoi elle est déclarée en défaut de paiement. A l’inverse, sur ce graphique l’Allemagne présente un solde excédentaire de 450 milliards d’euros. Cela revient à un prêt accordé à l’étranger via la BCE.

Le professeur Sinn relève dans son article que les recouvrements du compte Target de la Banque centrale allemande étaient de 323 milliards d’euros en mars 2011, alors que les déficits cumulés des « PIGS » entre 2008 et 2010 étaient de 365 milliards.

Target, qui est tout de même le trafic de paiement entre pays, est devenu le vecteur de financement des pays déficitaires de la zone euros.(2) Ce système crée donc toujours plus un clivage entre les pays riches et les pays pauvres sans que les causes ne semblent guérir. Rappelons qu’à ce jour l’ensemble de la zone euros est engluée sur le plan économique. Même l’Allemagne commence à s’essouffler…

Un autre élément pénalise déjà les pays exportateurs car ces artifices comptables et gestionnels ont des conséquences immédiates. Quand les pays qui ont bénéficié des excédents de leurs voisins effectuent les paiements de leurs transactions ordinaires, cet argent revient vers les pays exportateurs. Cela génère un risque d’inflation. C’est pourquoi, selon M. Sinn, les banques centrales des pays exportateurs réduisent « les émissions de liquidités pouvant faire l’objet d’emprunts par les acteurs économiques nationaux ». En clair, les prêts des banques centrales des pays exportateurs (Allemagne mais aussi la Suisse largement associée), ont été détournés au profit des pays déficitaires.

Ces critiques sont balayées par Mme Philippine Cour-Thimann dans le cadre d’une présentation au club du CEPII (3) en juin 2013. Elle reconnaît (slide 6) que « les soldes Target reflètent ces mesures (non conventionnelles) dans un contexte de segmentation des marchés de financement bancaire ». Dans son exposé, elle affirme aussi qu’il n’existe pas de risque à moins d’une dissolution de la zone euro.

On peut constater qu’une forte solidarité a été instaurée entre les pays de la zone euros. Ceci a une double conséquence immédiate. Les pays excédentaires font d’une part des pays déficitaires des assistés de longue durée. D’autre part, le développement des projets nationaux des pays excédentaires est soumis à de fortes restrictions pour cause d’indisponibilité de crédits et/ou par peur de l’inflation. On peut craindre alors que ces pays moteurs de la zone euro voient leur compétitivité régresser et leur tissu économique local s’épuiser en raison de financements insuffisants…. A suivre…

Liliane Held-Khawam

(1) https://www.project-syndicate.org/commentary/the-ecb-s-secret-bailout-strategy/french
(2) http://www.cesifo-group.de/ifoHome.html
(3) http://www.cepii.fr/docs/files/reunions/communications/2013-6-27%20Target2/PCT_2013_06_27_Club%20du%20CEPII_Target2%20et%20la%20crise%20en%20zone%20euro.pdf

Le trafic des paiements de la Suisse finance-t-il la zone euro ? Par Liliane Held-Khawam (23 octobre 2014)

Les années 2007-2008 ont révélé la crise des subprimes mais aussi une sévère crise de liquidités de la zone euro. Les coûts de financement des dettes publiques européennes avaient pris l’ascenseur. Pire, certains pays n’arrivaient même plus à trouver de créanciers…

Les banques commerciales devenues détentrices du pouvoir de financer – ou pas – les États (1) n’avaient plus confiance dans la construction européenne ni dans sa monnaie. Elles se sont mises à refuser leur financement ou alors à des coûts prohibitifs. Le cas des fameux « PIGS » (2) dont notamment la Grèce devenait critique.

Les pays excédentaires de la zone euro et leurs alliés ont ainsi dû trouver un autre moyen d’éviter un défaut de paiement mortel pour la zone euro et sa monnaie unique. On découvre ainsi que la BCE aurait utilisé un moyen surprenant pour y remédier. Les excédents des pays exportateurs auraient servi à combler des déficits des balances des comptes courants de certains pays à travers un système servant normalement au trafic des paiements interbancaires…

Dès le 29 avril 2011, un éminent économiste allemand, membre du cabinet de conseil du ministre allemand de l’Économie et président d’un centre de recherche du nom de Hans-Werner Sinn, signait un article intitulé « La stratégie secrète de renflouage menée par la BCE » (3).

On y apprend que la BCE – qui statutairement n’a pas le droit de financer en direct un État-membre de sa zone – l’aurait quand même fait grâce au système « Target2 », un acronyme signifiant « système de transfert express automatisé transeuropéen à règlement brut en temps réel ». Il s’agit donc de la plateforme de trafic de paiement commune à l’ensemble de la zone euro, plateforme à laquelle tous les pays des « PIGS » avaient eu la bonne idée de se connecter en 2008…

Le professeur Sinn constate par exemple dans son article que les recouvrements du compte « Target » de la Banque centrale allemande étaient de 323 milliards d’euros en mars 2011, alors que les déficits cumulés des « PIGS » entre 2008 et 2010 s’élevaient à 365 milliards.

La plateforme Target qui fournit quotidiennement les soldes des flux financiers des différents pays de la zone euro offre une information précise sur la balance des comptes des uns et des autres arrêtés ci-dessous au 21 Octobre 2014.

graphique

Nous retrouvons un schéma concordant qui valide le système de financement par le trafic des paiements. Le graphe ci-dessous a été présenté par un haut responsable de la BNS dans le cadre d’une conférence donnée en 2012 et intitulée « la crise des balance de paiements » (4):

Target2

Et la BNS là-dedans? Celle-ci a la responsabilité légale d’assurer la gestion du trafic de paiement et de veiller à son bon fonctionnement. Or, ce processus a été sous-traité à un groupe privé dénommé SIX Group, qui bien qu’appartenant à près de 150 banques suisses, est détenu par UBS et CS à hauteur de 31% environ. Voici ce que les activités que le groupe présente sur son site:

« SIX fournit des services dans quatre secteurs d’activité: opérations sur titres, traitement d’informations financières et trafic des paiements sans numéraire. (5)»

L’activité de trafic des paiements est ainsi gérée par une sous-entité du groupe constituée en entreprise, laquelle porte le nom de « SIC » et se présente elle-même ainsi :

« Le système SIC traite les paiements d’une performance maximale en temps réel et 24 heures sur 24 depuis 1987, surveillé et géré par la Banque nationale suisse (BNS). Le plus important système de paiement en Suisse permet aux établissements financiers du monde entier de régler avec la plus grande rapidité et sécurité presque tous les engagements interbancaires, que les paiements portent sur de gros ou de faibles montants en francs suisses. (6)».

On se permettra de relever que le président de cette société n’est autre que le patron du « Head of Global Payments & Cash Management Services » de l’UBS. Une situation riche en potentiels conflits d’intérêts majeurs, qui ne semble toutefois pas poser de problème aux autorités monétaires suisses…

SIC a aussi développé une plateforme du nom d’ « euroSIC » que le groupe présente ainsi:

« En tant que non-membre de l’UE, la Suisse dispose avec euroSIC d’une interface vers le système RBTR des pays de la zone euro, TARGET2,… ».

La BNS est donc connectée à la fameuse plateforme Target via le système euroSIC. Une connexion directe entre la Suisse et Target2 securities (T2S) est quant à elle prévue pour juin 2015 (7). Est-ce là le signe avant-coureur d’une adhésion à la zone euro prévue pour cette même date, la Suisse n’ayant plus alors qu’à officialiser son intégration de fait à l’UE?

Quoiqu’il en soit, la BNS indique la chose suivante au sujet des « Target 2 securities » – ou « T2S » – dans son glossaire:

« Le système T2S, qui devrait être opérationnel en 2015, permettra de réduire notamment le coût des opérations transfrontières en Europe. Jusqu’à nouvel avis, le franc ne sera pas proposé comme monnaie de règlement dans T2S. ».

A suivre donc…

Pour le moment, la question brûlante reste de savoir si la BNS, à l’instar de ses voisines, utilise les soldes excédentaires de la balance des paiements de la Suisse pour financer – soit directement, soit via les banques commerciales – les déficits de pays membres de la zone euro (ou de l’UE ?)…(8)

Ci-dessous le tableau qui montre l’évolution des « liquidités dans le Swiss Interbank Clearing ». Cet indicateur correspond au montant du compte d’« avoirs des comptes en virements des banques en Suisse », qui figure au passif du bilan de la BNS, dont il représente la principale source de financement et de croissance.

Liquidités SIC

On peut dire sans prendre de risque que la BNS s’appuie sur le trafic de paiement de la Suisse pour financer les obligations d’Etat qui représentent 85% de ses investissements et dont 45% des devises sont en euros… (9)

Un tableau des transactions totales du trafic des paiements dans le Swiss Interbank Clearing, présenté sur le site de la BNS, nous permet de constater que le nombre total de transactions a doublé entre 2004 et 2013 (colonne1). Pourtant, les capitaux totaux échangés sur la plateforme SIC (colonne 4) diminuent de quelque 56% entre fin 2008 et fin 2013 et ce alors même que le PIB de la Suisse a, lui, continué à augmenter régulièrement sur cette période. (10)

SIC_Trafic des paiementsIII

La clé du mystère pourrait ainsi se trouver dans les notes 1 et 2 du même document :

  1. « A compter de janvier 2013 le nombre de transactions ne comprend plus les virements excédentaires et ne peut donc plus être comparés aux chiffres publiés jusqu’alors ».
  2. « A compter de janvier 2008, les montants ne comprennent plus les virements excédentaires et ne peuvent donc plus être comparés aux chiffres publiés jusqu’alors ». (Remarque: Nous relèverons que la ligne horizontale figurant sur le tableau n’est pas un ajout mais existe dans le document fourni par le site de la BNS.)

Que signifie ce terme de « virements excédentaires »? Peut-on dresser un parallèle avec les soldes excédentaires vus plus haut avec Target ? Les fonds en question seraient-ils redirigés vers d’autres pays, comme le fait par exemple l’Allemagne pour renflouer les pays déficitaires de la zone euro?

Le problème d’une telle pratique est qu’elle aurait pour effet d’assécher les capacités de crédit à l’intérieur de la Suisse pour éviter l’inflation. Une banque centrale qui a opté pour ces mesures appelées « non conventionnelles » met ainsi en difficulté le financement du tissu économique local (PME, indépendants…) et de ses emplois. Dans tous les cas cela expliquerait potentiellement la politique restrictive en termes de libération de la LPP et l’accès à la propriété…

L’article du professeur Sinn expliquait aussi que ce genre de politique de financement via Target équivalait à de l’exportation forcée de capitaux. Il est troublant du coup de voir que les dernières statistiques de la BNS sur les investissements directs (imports et exports de capitaux) publiées sur son site semblent bien s’être arrêtées en 2012…

La BNS participe déjà à renflouer généreusement les pays déficitaires de l’UE en faisant directement l’acquisition d’obligations d’État plus ou moins pourries. Cette politique expansionniste fait fondre les fonds propres qui ne sont plus supérieurs à quelques pourcents, mettant ainsi sa crédibilité en jeu… Alors, jusqu’à quel point ses fonds propres pourraient devenir négatifs? Se pourrait-il qu’elle compte sur l’épargne et les capitaux LPP des citoyens Suisses pour garantir sa politique de sauvetage de la zone euro? Est-ce que cette pratique n’équivaut pas à une redistribution des richesses avec les pays de l’union européenne? N’est-ce pas le principe qui a cours aujourd’hui entre les pays « riches » de la zone euro et les autres? Et que signifie le message du chef économiste de UBS qui dit dans une émission radio que la Suisse pourrait à elle seule racheter toute la dette européenne? (11)

Une chose est sûre c’est que si les fonds propres de la BNS devaient devenir négatifs, une recapitalisation devrait avoir lieu. Elle prendrait la forme soit de souscriptions obligatoires, soit d’impôts supplémentaires, soit d’un financement direct par la Confédération qui irait s’endetter sur le marché…privé.

Enfin, il ne faut pas oublier d’ajouter à tout cela les garanties illimitées offertes aux « too-big-to-fail » sans aucune exigence en contrepartie, une mesure dont le FMI a pourtant relevé le contresens économique… (12) En revanche, les autorités monétaires ont déjà légiféré pour autoriser à l’image de Chypre les confiscations de l’épargne des citoyens….

Alors après les risques systémiques des banques too big to fail, voici le risque systémique des pays de la zone euro dans lequel la Suisse s’est enchaînée volontairement. Les autorités monétaires suisses l’ont fabriqué de toutes pièces. Toute personne désignée garante de cette construction a le droit de poser la question ultime. Pourquoi ?…

Liliane Held-Khawam

Références :

1. La loi qui a permis la financiarisation à haut risque de la BNS, Le Blog de Liliane Held-Khawam

2. « PIGS » = Portugal, Irlande, Espagne et Grèce

3. La stratégie secrète de renflouage menée par la BCE, Project Syndicate, 29/04/2011

4. La crise des balances de paiement, C. Tille, 14/11/2012

5. SIX en bref, six-group.com

6. Le système de paiement SIC, six-group.com

7. « By signing the T2S Framework Agreement in 2012, 24 Central Securities Depositories (CSDs) committed themselves to be part of T2S and introduce prioritized harmonization initiatives.

T2S will be implemented in four waves between 2015 and 2017, beginning with the first wave in June 2015. SIX SIS Ltd, part of SIX Securities Services, is among the first CSDs migrating to T2S. »

8. Rapport de gestion de la BNS – 2013, page 61 du rapport

9. Les liquidités disponibles sur la plateforme SIC évoluent dans les mêmes proportions que l’acquisition de « placements de devises » à l’actif du bilan de la BNS, dont le montant atteignait les 401 milliards de francs à fin 2013… Ce compte peut donc être considéré comme la source principale du financement de la croissance des actifs de la BNS…

Les comptes de virement ci-dessous démontrent très clairement ce lien en explicitant les compositions respectives de l’actif et du passif du bilan de la BNS:

Composition - Bilan BNS

Source: Rapport d’activités de la BNS  http://www.snb.ch/fr/mmr/reference/annrep_2013_komplett/source/annrep_2013_komplett.fr.pdf  page 115 du rapport

10. http://www.snb.ch/ext/stats/statmon/pdf/defr/C1_Zahlungsverkehr_SIC.pdf      document C1, septembre 2014:

11. La BNS pourrait-elle introduire des taux négatifs?, RTS, 18/09/14

12. Un récent « Rapport sur la stabilité financière globale » du FMI consacrait un chapitre entier (sur trois) aux problèmes générés par les garanties étatiques offertes aux établissements considérés comme TBTF. Il y est très clairement expliqué que les banques qui bénéficient de ce type de garantie « ont peu d’incitation à surveiller et punir les prises de risque excessives ». Elles bénéficient par ailleurs de conditions d’emprunt plus avantageuses que ne le justifierait leur profil de risque, ce qui peut leur permettre d’augmenter leur niveau d’endettement pour « s’engager dans des activités plus risquées ». Ces établissements sont ainsi encouragés à rechercher une rentabilité à brève échéance, au détriment de leur viabilité à plus long terme.

The implicit government protection of these banks distorts prices and resource allocation. Because creditors of SIBs do not bear the full cost of failure, they are willing to provide funding at a lower cost than warranted by the institutions’ risk profiles. They also have little incentive to monitor and punish excessive risk-taking. SIBs then may take advantage of the lower funding costs to increase their leverage and engage in riskier activities. Banks may also seek to grow faster and larger than justified by economies of scale and scope to reap the benefits of the implicit funding subsidy granted to TITF institutions.

Source : Global Financial Stability Report – April 2014, IMF, p.102

A DECOUVRIR en allemand: Umsetzung und Auswirkungen der Geldpolitik

http://www.snb.ch/de/mmr/speeches/id/ref_20130321_mo/source/ref_20130321_mo.de.pdf

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