La stratégie monétaire européiste à haut risque de la Suisse + Mise à jour

38 milliards de francs ! Cette somme mirobolante est le bénéfice annoncée pour l’année 2014 par la BNS. Il est bien évident que grâce au taux-plancher, cette somme n’intègre pas la perte gigantesque sur ses investissements en euros. Mais voilà les élus et le peuple vont être satisfaits de cette manne tombée du ciel.
La réalité du bilan de la BNS est qu’il ressemble plus à celui d’un hedge fund géant qui met l’indépendance et l’avenir immédiat de l’établissement en danger. De plus, elle qui devrait être soumise selon la Constitution à la Confédération n’est dans les faits auditée que par une entreprise américaine privée qu’elle finance elle-même.


Ce qui dérange le plus est que l’on a le sentiment que la BNS est le lieutenant de la banque centrale européenne. C’est par des observations purement objectives publiées sur le site de la BNS que nous sommes interpelés. En voici quelques-unes :
1. L’hypertrophie de son bilan :
Le bilan de la BNS a été multiplié par près de 4,5 entre 2004 et novembre 2014. Ceci a été fait sans aucune relation avec la croissance du PIB suisse ou avec la vie du pays en général.

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2. Une stratégie d’expansion à tout prix :
Prenons à titre comparatif le bilan de la Banque de France qui s’est aussi hypertrophié entre 2004 (175milliards d’euros https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/publications/Annual_report_2004.pdf p 95) et octobre 2014 (521 milliards d’euros).
La ressemblance de la stratégie de la BNS avec celle de la Banque de France est frappante. La BNS semble suivre à la trace la stratégie de ses collègues et moins les besoins intérieurs du pays.
Pourtant, en regardant de plus près, on constate que la banque de France – à l’image de la Banque centrale européenne BCE- s’est « downsized » entre 2011 (713 milliards d’euros) et octobre 2014 (521 milliards d’euros). Pas la BNS qui a fait passer son bilan pour la période 2011-novembre 2014 de 346 à 525 milliards de francs.

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https://www.banque-france.fr/uploads/tx_bdfgrandesdates/bulletin-de-la-banque-de-france-cahier-statistique-december-2014-en.pdf p 14
3. Une structure d’actifs à hauts risques
Le bilan de la BNS reflète un attachement à la monnaie unique européenne à haut risque. Pour l’instant cette stratégie semble plus idéologique que monétariste. Près de 50% du bilan est en euros placés en dettes publiques européennes et 25% en dollar américain sous forme de dettes publiques américaines..
• Le choix de l’euro comme monnaie dominante du bilan
En 2003, la BNS détenait pour 19 milliards de francs placés en euros. A la fin du 3ème trimestre 2014, ce sont plus de 210 milliards qui sont en jeu. Rien qu’entre 2009 et octobre 2014, le volume des devises en euros s’est multiplié par 4 !

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Cette acquisition massive en euros a commencé bien avant les explications constitutionnellement et statistiquement contestables du 6 septembre 2011 lors de la fixation du taux-plancher.

• Dégradation de la structure des placements
On assiste aussi à la dégradation de la qualité des investissements. Ainsi, on voit inexorablement le développement d’une présence accrue d’investissements de catégorie AA. Or, un AA en 2015 n’est pas celui des années 90…. La France est classée AA alors même qu’elle peine à honorer ses créances (difficultés de paiement des retraites, salaires,…)
Ainsi, la gestion des actifs échappent au contrôle de la BNS. Chaque fois qu’un pays de la zone euro voit sa note se dégrader, le bilan de la BNS se dégrade automatiquement avec lui. Si la BNS détient par ex. 50 milliards de dettes françaises qui passent de AAA à AA-, la structure du bilan change. Si on ajoute une dette de 10 milliards finlandaises qui passe de AAA à AA+, le bilan de la BNS est touché…
Or, l’économie de la zone euro est toujours engluée avec des risques évidents de défauts de paiements qui ne manqueraient pas d’impacter le bilan de la BNS et le porte-monnaie du contribuable suisse.

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A la fin du 3ème trimestre 2014, la structure a continué de se dégrader.

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• Un investissement massif à haut risque dans les dettes publiques (73% en 2014)
La BNS a choisi d’investir ses devises principalement et de manière quasi monolithique dans les dettes publiques. Ce faisant, elle cumule des risques de défaut de paiement ou de remise de créances décidée par l’UE.
Actuellement, nous sommes sûrs que tôt ou tard, une remise de dettes devra être accordée à la Grèce pour qu’elle ait une chance de sortir du marasme. Donc, la question qui se pose est que va faire la BNS avec tous ces euros et ces dettes européennes dont certaines sont clairement pourries? http://www.snb.ch/en/iabout/assets/id/assets_reserves

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Récemment,, la BNS et ses partenaires nous ont fait comprendre qu’elle ne va pas hésiter à poursuivre dans un avenir proche son soutien à la BCE qui a annoncé la mise à disposition de 1000 milliards d’euros pour relancer l’économie. Le chef économiste de UBS a même clairement dit dans une émission radio que la BNS pourrait même racheter l’ensemble des dettes européennes sans problème et que de toute façon elle était dépendante de la BCE… http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/forum/6134684-cours-de-l-euro-la-bns-pourrait-elle-introduire-des-taux-negatifs-18-09-2014.html?f=player%2Fpopup
Bref, la BNS a pris une série de décisions politiques qui impactent la vie et l’avenir du pays, des citoyens et des contribuables sans aucun mandat connu des autorités fédérales. Actuellement, elle est enferrée dans un système duquel on ne voit pas comment elle peut sortir. Jusqu’où la BNS va-t-elle accompagner l’euro dans sa descente aux enfers. Tant qu’elle reste fixée au taux-plancher, les pertes vertigineuses ne sont pas réalisées. Mais combien de temps peut-elle tenir dans l’hypertrophie de son bilan sans perdre ce qu’il lui reste de crédibilité ? Avec l’euro qui dévisse face au dollar américain, la situation ne fait que s’aggraver.
Une réponse nous semble pouvoir expliquer à elle seule ce comportement aberrant : la BNS va adopter l’euro et joindre officiellement la zone euro.

Liliane Held-Khawam

Suisse-UE: l’intégration silencieuse https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/integration-suisse-ue/

MISE  A JOUR: La BNS vient d’annoncer la suspension du taux-plancher euro-franc. Cela ne change en rien la responsabilité des auteurs de l’état du bilan actuel et de ses conséquences à venir. Par ailleurs, rien n’empêche à priori la BNS de continuer de pratiquer sa politique monétaire à haut risque.

2 réflexions sur “La stratégie monétaire européiste à haut risque de la Suisse + Mise à jour

  1. Pingback: La Suisse dans la zone euro grâce au taux-plancher Par Liliane Held-Khawam | Le blog de Liliane Held-Khawam

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