Supprimer le cash ? En Suisse, le débat est déjà tranché. Vincent Held

Garessus - Cash
Une rare voix discordante ! En 2015, le journaliste économique Emmanuel Garessus avait pris clairement position contre le discours dominant, qui préconisait alors déjà de restreindre l’emploi de l’argent liquide. Aujourd’hui, la suppression annoncée de l’argent liquide ne fait plus débat.

La suppression du cash est une question sur laquelle la Banque nationale suisse (BNS) travaille depuis de nombreuses années. Or, celle-ci a d’ores et déjà reçu le feu vert tacite du Parlement pour mettre en œuvre cette mesure radicale.

Aujourd’hui, les médias suisses ne font qu’annoncer un projet convenu de longue date. L’absence de toute réaction  politique est un signal sans équivoque : la Suisse s’apprête à abandonner définitivement l’argent liquide. 

Un message à faire passer ? Le 3 septembre dernier, les grands quotidiens Tribune de Genève et 24heures ont profité de la sortie du nouveau billet de 100 francs pour nous rappeler que pleins de nouvelles technologies pourraient remplacer efficacement l’argent liquide…

Quand la presse suisse annonce la fin du cash

Il est hautement inhabituel qu’un média se hasarde à annoncer une décision de politique monétaire. Avant tout parce qu’il ne peut avoir aucune influence directe sur la moindre décision dans ce domaine. Et ensuite, parce qu’il n’est pas censé recevoir d’informations privilégiées en provenance d’une banque centrale quelconque. Pourtant, le 1er septembre dernier, la société Tamedia – le principal groupe de presse suisse ! – s’est bel et bien aventurée à affirmer que :

« La BNS va bientôt réduire ses taux d’intérêt, qui sont déjà en territoire négatif. »

 

MatinDimanche - Taux négatifs II

Des affirmations spectaculaires, à la Une de l’un des journaux à plus gros tirage de Suisse romande. Du côté des milieux politiques – pourtant en pleine campagne pour les élections parlementaires (!) – c’est le calme plat…

 

Le même article, repris tel quel dans deux autres grands journaux régionaux (seul le titre a changé).

En affirmant que la BNS va bientôt baisser ses taux, puis en expliquant que cette évolution conduira fatalement les banques à ponctionner les avoirs des « petits épargnants », Tamedia a de fait annoncé la suppression de l’argent liquide en Suisse.

Le Temps - CashLe journal Le Temps, détenu pour sa part par le groupe Ringier, ne s’y est pas trompé . L’article ci-dessus, qui évoque la possibilité d’une « pénurie organisée de monnaie fiduciaire », a paru une semaine après l’annonce de Tamedia. 
…et voilà que quelques jours plus tard, deux grands titres romands nous révélaient qu’UBS réfléchit justement à la manière d’augmenter artificiellement le coût des paiements en liquide pour nous décourager de retirer de l’argent ! Les réactions du monde politique se font toujours attendre…

Les Echos

La suppression du cash est décidément une thématique bien dans l’air du temps… (article publié le 5 août 2019, sur la base d’une publication de The Economist)

« On peut dire dès aujourd’hui avec certitude, que l’argent du futur sera virtuel. Pour les gens, cela signifie que l’argent physique – c’est-à-dire le cash – va disparaître. » (Prof. Aleksander Berentsen, enseignant à l’Université de Bâle et conseiller de la Banque nationale suisse – citation de son blog L’Alternative)

Supprimer le cash pour ponctionner les épargnants

Le 18 mai 2015, la Banque nationale suisse avait co-organisé une conférence à Londres [1] pour étudier la manière dont on pourrait imposer des taux d’intérêts négatifs sur les comptes bancaires, sans pour autant que les gens ne se précipitent pour vider leurs comptes.

Business Insider - Taux négatifs

En Allemagne aussi, il semblerait bien que les dés soient jetés. La Bundesbank et la BaFin (l’autorité de supervision financière) ont indiqué qu’elles ne s’opposeraient pas à des ponctions de l’épargne par les banques. Même les associations de consommateurs ont renoncé à demander l’interdiction des taux négatifs sur les comptes bancaires !

Et voici ce qu’avait expliqué l’économiste en chef de la banque Citigroup, l’un des invités d’honneur de l’événement :

« Les taux négatifs ne sont pas intrinsèquement mauvais […] Pour abaisser [les taux en-dessous de zéro], vous avez trois possibilités. La première, c’est de supprimer le cash. »

En réalité, il semblerait même que ce soit là la seule solution. Car l’année suivante, un document de travail de la Banque nationale précisait :

« Tant que l’argent liquide restera en circulation, il y aura un [taux d’intérêts] limite en-dessous duquel il sera plus intéressant d’accumuler [du cash] plutôt que de le déposer à la banque. »

Et ce taux d’intérêts en-dessous duquel on ne peut pas descendre sans causer de retraits massifs de l’épargne, c’est tout simplement zéro pourcents ! D’où la notion savante de « zero lower bound », pour parler de cette question en réalité fort simple…

L'Agefi II

La mise en circulation prochaine d’un cryptofranc suisse, à laquelle se préparent tant le Parlement que le Conseil fédéral, est une évolution inévitable… mais pourquoi vouloir supprimer tout recours à l’argent liquide ?

Ainsi, la suppression du cash est une décision à laquelle la BNS réfléchit depuis de nombreuses années déjà. Et il se trouve que le Parlement suisse lui a d’ores et déjà donné son feu vert !

La suite est connue d’avance.

Par Vincent Held.

Crépuscule

Le Crépuscule de la Banque nationale suisse, la déroute financière annoncée d’une institution en faillite morale (Xenia, 2017)

 

 

 

 

Après la crise - couverture (hi-q)

Après la crise, chronique de l’émergence d’un nouvel ordre monétaire international (RdM, 2018)

 

 

 

 

 

[1] « Removing the Zero Lower Bound on Interest Rates », conférence co-organisée avec le CEPR à l’Imperial College de Londres, le 18 mai 2015

7 réflexions sur “Supprimer le cash ? En Suisse, le débat est déjà tranché. Vincent Held

  1. C’est une bonne stratégie politique. Au lieu de faire une taxe générale sur tout le monde par le gouvernement directement, on fait des taux négatifs pour que les banques collectent les taxes. Puis quand les gens auront marre on dira vilain banquiers… (pas vilain politiques)

    C’est peut-être une des raisons pour laquelle il y a plus de billets dollars à l’étranger qu’aux USA. Car la banque centrale américaine semblerait être moins embêtée (pour l’instant) que la BCE, BNS, BOJ, et la valeur de la monnaie chinoise semble être sous pression. Et du coup seront pas les premiers à supprimer le cash (USA) bien qu’ils suivront par la suite…

    Le problème avec cette politique et d’augmenter le risque du système. Surtout quand on regard le prix moyens des actions bancaires en Europe (STOXX Banks EUR) sont plus bas que 2008 (probablement plus bas depuis 1989 suivant certain). Du coup forcer les gens à mettre de l’argent dans un système bancaire en quasi-faillite c’est pas le top. Mais cela ne sera pas la première idiotie faite par nos dirigeants…

    Tout ça pour faire tenir quelque années de plus le systèmes, mais au prix de ruiner avec certitude pratiquement tout la population (et au passage détruire toute l’économie). C’est une attitude détestable de la part de nos politiciens.

    Malheureusement, aucun politiciens (suffisamment important) ne semble s’en soucier et la plupart des gens non plus (du pain et des médias semblent suffire, même si c’est le désastre demain)

    Encore un grand merci pour votre travail et votre blog

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  2. Suppression du cash :
    objectif : contrôler.

    Contrôler les risques pour les banques : bloquer les mouvements massifs qui consisteraient à retirer du ‘liquide’, plus qu’il n’est disponible en cas de …
    Contrôler l’usage, voire favoriser les usages profitables pour …
    Ponctionner sans douleur plus aisément les …

    En un mot : nous faire faire ce qui leur profite.

    On vit une époque qui s’effondre et ILS le savent et donc SE PROTÈGENT pour nous en laisser tous les « profits ». Sympa non ?

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  3. Un des grands avantages de la monnaie virtuel (pour les banques) est qu’il n’est plus possible de le retirer du circuit. Si l’UBS (par exemple) impose un taux négatif à – 1.5%, et que les autres banques suivent, comment voulez-vous échapper à ce nouvel impôt confiscatoire. Si vous déplacez votre capital d’une à l’autre, les conditions restent les mêmes, vous serez inévitablement ponctionné. En outre, cela permet à l’Etat de contrôler tout ce que vous faites. Et on peut imaginer qu’un contestataire de l’ordre nouveau soit empêché, de toutes les façons possibles, d’acheter quoi que ce soit, ne serait-ce que de la nourriture. Cet argent virtuel – et donc très volatil – ne repose sur rien si ce n’est sur du vent. Et le vent passe, sans laisser de traces…

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  4. En achetant des titres ou autres actions obligations immobilier . Attention à prévoir la panique à bord , pas très salutaire pour tout le monde. Il y a 50 ans on avait déjà parlé de supprimer le cash en Suisse!! Et les étrangers ont déjà payé des intérêts négatifs sur leur chf dans les années ’80

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  5. Tout cela est vraiment très inquiétant !
    Suisses, réveillez vous !
    Faites un votation pour empêcher la disparition du cash dans votre pays !
    Car une fois le cash disparu, on pourra vous tondre indéfiniment !

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  6. Abolition du cash = abolition d’une certaine forme de liberté. Soit encore une liberté qu’il faut réduire à néant…..

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