High-tech dans l’agriculture : le piège se referme sur les paysans. Vincent Held

BNP - Big Data Farming

Le monde paysan peut-il résister face à la pression conjuguée de la finance, de la technologie et des institutions politiques nationales et internationales ?

En Suisse comme ailleurs, le monde agricole est soumis à un pilonnage médiatique impitoyable. Les agriculteurs maltraitent leur bétail, ils contaminent les sols avec leurs pesticides, les pets de leurs vaches nuisent gravement au climat… C’est en outre une « pratique courante » pour les paysan suisses que d’esclavagiser leurs employés sans défense !

A cette campagne de dénigrement hargneuse s’ajoutent des pressions politiques aussi discrètes qu’efficaces. Le matraquage administratif, qui peut parfois s’apparenter à une véritable persécution, semble bel et bien contribuer à la recrudescence des suicides.

Suicides - paysans.png

Dernière trouvaille en date du gouvernement suisse : augmenter les charges sociales des couples paysans au nom de la lutte pour « les droits des femmes d’agriculteurs ». Un bon moyen d’accélérer la disparition des petits exploitants, déjà pris à la gorge financièrement – et qui abandonnent le métier par centaines chaque année

Un tel acharnement sur une profession déjà à l’agonie ne cacherait-il pas quelques enjeux économiques ? A l’heure où les nouvelles technologies réduisent drastiquement les besoins en main d’œuvre dans l’agriculture, les paysans semblent tout simplement être de trop…

Révolution silencieuse : depuis le mois de mars 2019, la viande synthétique produite en laboratoire est autorisée à la vente aux Etats-Unis, où elle est déjà commercialisée. Pour participer à ce marché prometteur, le grand distributeur suisse Migros a investi dans la ‘start-up’ israélienne Aleph Farms, connue pour avoir créé du bifsteck de laboratoire à partir de cellules souches bovines. Quant à Coop, l’autre grande chaîne de supermarchés suisses, celle-ci a investi (via sa filiale Bell Food) dans la société néerlandaise Mosa Meat, qui avait fabriqué le premier hamburger synthétique en août 2013.

Vers l’automatisation massive des emplois agricoles

A la fin 2018, on comptait encore 152’000 emplois agricoles en Suisse – soit 50’000 de moins qu’au début des années 2000. Or, à ce déclin général de l’agriculture s’ajoutera bientôt un phénomène encore méconnu du grand public : l’automatisation des emplois agricoles.

Doigté et précision: les robots peuvent aujourd’hui effectuer les tâches les plus délicates – en distinguant entre les produits déjà mûrs et ceux qui ne le sont pas encore.

24 heures sur 24 : la vidéo nous rappelle que les robots agricoles peuvent travailler nuit et jour, seuls ou ‘en équipe’…

Ici, le cas particulier des laitues (noter l’emploi de l’intelligence artificielle pour la détection des pousses).

En octobre 2018, le cabinet de conseil McKinsey avait ainsi prévu que l’équivalent de 40 à 50’000 emplois agricoles seront automatisés en Suisse d’ici 2030. Or, ces chiffres spectaculaires reflétaient un « scénario médian » et même plutôt « conservateur ».

En clair : il ne restera plus grand-chose de l’agriculture traditionnelle d’ici une décennie. Quant à l’élevage et à la production laitière, ils ne pourront bientôt plus résister économiquement à la concurrence des produits de l’industrie biotechnologique, moins coûteux en ressources et bien plus faciles à intégrer dans les chaînes logistiques…

CBC - Cultured meat eggs diary

En 2016 déjà, la chaîne d’information nationale canadienne CBC avait annoncé l’arrivée sur le marché non seulement de viandes – mais également d’œufs et de lait synthétiques. Des produits qui pourraient arriver en Europe grâce au traité CETA, ratifié par la France cet été.

Fermes urbaines : à l’avenir, les coûts de transport deviendront déterminants. D’où l’idée de rapprocher au maximum la production des consommateurs. Ici, des laitues cultivées sans terre et sous éclairage artificiel. Les avantages mis en avant ? Pas de pesticides ni d’herbicides – et une consommation d’eau réduite de 95%.

Ainsi, l’authentique campagne de dénigrement dont font l’objet nos paysans depuis plusieurs années n’est pas perdue pour tout le monde. Elle facilitera le passage vers de nouveaux modes de production plus rentables pour les investisseurs – et qui ne manqueront pas de nous être présentés comme plus écologiques, plus respectueux des animaux et même meilleurs pour la santé.

ONU - viandeGuerre aux éleveurs ! Une propagande venue des hautes sphères de la politique internationale…

Sans volonté politique de le maintenir en vie, le monde paysan est condamné à disparaître.

L’ANGOISSANTE QUESTION DE LA « CONTAMINATION DES SOLS »

Grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, de nouvelles techniques permettent aujourd’hui de réduire considérablement les épandages de produits chimiques. Ci-dessous, des exemples de robots gicleurs hyper-précis, capable de traiter les plantes et mauvaises herbes 1 par 1. 

Ci-dessous, un modèle à panneaux solaires ‘capable de travailler 12 heures d’affilées’… et produit par la société suisse Ecorobotix, basée à Yverdon !

La société californienne Blue River Technology (présentée en seconde partie de la vidéo) explique que ses systèmes d’identification visuelle permettent de réduire les épandages de produits chimiques de 90% et d’éviter ainsi l’emploi des semences OGM

Autre exemple : la reconnaissance par drone, qui permet aujourd’hui d’identifier précisément l’état de santé des champs agricoles. Il est ainsi possible de réaliser de façon ciblée – et pour ainsi dire au compte-goutte – les différents épandages dont les plantes ont besoin : eau, engrais, herbicides, fongicides, insecticides.

Ici une vidéo qui montre les analyses réalisées sur la base d’un survol par drone…

…et là, un drone à l’œuvre, pour un épandage ciblé.

Des technologies déjà couramment utilisées en Allemagne, à en croire la très sérieuse Handelsblatt. Or, ces méthodes d’exploitation révolutionnaires permettraient certainement de répondre de manière efficace aux préoccupations légitimes liées à la pollution des sols !

Plutôt que d’alimenter l’hystérie médiatique contre nos paysans, l’administration fédérale suisse ferait mieux de leur donner accès à ces technologies bien connues. Nos agriculteurs pourraient ainsi réduire drastiquement leur consommation de produits chimiques – tout en maintenant les niveaux de productivité nécessaires à leur survie. Il est absurde que ces technologies d’intérêt public soient accaparées par les grands exploitants industriels !

Déchaînement médiatique : la très anxiogène question des pesticides est le sujet-phare de la campagne de la diabolisation du monde paysan.

BONUS : LE FORUM DE DAVOS MISE SUR LA VIANDE SYNTHÉTIQUE !

Le World Economic Forum de Davos croit fermement à l’idée selon laquelle la viande de synthèse remplacera la viande d’élevage au cours des prochaines années.

WEF - viande synthétique.PNG

« D’ici 20 ans, vous mangerez de la viande de substitution » (la photo montre de la viande « cultivée » en laboratoire). En réalité, la viande synthétique est déjà arrivée sur le marché depuis plusieurs mois…

Mieux encore : il la promeut comme une solution plus écologique et plus sûre pour les consommateurs – voire même carrément « bonne pour la santé » (via l’ajout d’omégas-3, par exemple). Qui plus est, une fois produite en quantités industrielles, la viande de laboratoire deviendra à terme moins chère que la viande d’élevage :

Dans la vidéo ci-dessus, le professeur néerlandais Mark Post explique qu’il serait possible de réduire le nombre de bêtes d’élevage de 500 millions d’individus à « quelque chose comme 30’000 » au niveau mondial. Inutile de dire qu’il considère que la production d’œufs et de lait synthétique a, elle aussi, les moyens de s’imposer.

On voit bien que le catastrophisme climatique de l’ONU ou d’une Greta Thunberg (ci-dessous en guest star à Davos) permet de promouvoir des modèles d’affaires plus que douteux – et qui pourraient bien s’imposer à nous avant même que nous nous en rendions compte.

On se rappellera que Greta Thunberg n’entend pas combattre le CETA, le fameux traité de libre-échange avec le Canada qui risque bien de mettre un jour ou l’autre de la viande synthétique dans nos assiettes… si ce n’est pas déjà fait. 

Vincent Held

3 réflexions sur “High-tech dans l’agriculture : le piège se referme sur les paysans. Vincent Held

  1. les paysans depuis des lustres travaillent pour recevoir la portion congrue des sommes qui devraient leur être versées: la preuve quand ils vendent leur produit si ils voulaient le racheter ils payeraient 5 à 6 fois plus cher au bout de la chaîne de transformation/distribution qui se plaignent que leurs marges sont trop serrées alors que les actionnaires et directions s’en mettent plein les poches (légalement bien entendu)
    Aujourd’hui la paysannerie ne peut plus accéder aux technologie si coûteuses que les financiers eux peuvent acquérir pour exploiter les fermes rachetées à vil prix auprès du liquidateur ayant constaté la pendaison du malheureux serf.

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  2. Le déclin de l’agriculture traditionnelle n’est pas un effet de la politique menée jusqu’à présent, elle est le fruit d’une campagne (sans jeu de mots) réfléchie et étalée dans le temps. Elle finira par donner le plein pouvoir au géants de l’agro-alimentaire qui vont pouvoir ainsi décupler encore leurs bénéfices et leur puissance. Ce n’est pas pour rien que la sénateur américaine Rosa DeLauro – et accessoirement femme d’un membre du CA de Monsanto Stanley Greenburg – avait demandé l’interdiction des jardins potagers au prétexte de la « sécurité alimentaire ».

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  3. Et une chose encore: les paysans des exploitations petites et moyennes sont haïs par les mondialistes. Leurs omni-cultures les rendent possiblement – et certainement – autarciques. Un cauchemar pour ceux qui voudraient avoir la mainmise totale sur les populations.

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