Big Data: Le casse-tête de son stockage. 2 articles

« On peut stocker toute l’information numérique produite par l’humanité dans un tube à essai » assurent Sylvain Gariel et Thomas Ybert fondateurs de DNA script, startup pionnière sur le marché ambitieux de l’ADN de synthèse

[WMF2018] Quand le stockage de données consommera plus d’énergie que le monde n’en produit… Usine nouvelle

Il y a urgence à réduire la consommation énergétique du stockage de nos données, alertaient Eric Fullerton, professeur à l’UC San Diego, et Reinhold Dauskardt, professeur à Stanford, le 29 juin à Nancy, en clôture du World Materials Forum. Cinq chiffres et deux dates à retenir sur le big data.

C’est le volume de données stockées dans le monde en 2017. Difficile de faire parler ce chiffre énorme. Il correspond à 1021 bits, ou à 480 terabits traités chaque seconde de l’année. Ce big data qui n’a jamais aussi bien porté son nom est enregistré magnétiquement, principalement sur des disques durs.

90 milliards kWh

C’est la consommation énergétique annuelle des data centers américains. Cela correspond à 34 centrales électriques géantes (500 MW). Google a une intensité énergétique à peu près équivalente  à celle de la ville de San Francisco.

3%

C’est la part de l’électricité mondiale consommée par les data centers en 2017. Ces 416 térawattheures sont 40% supérieurs à la consommation d’un pays comme le Royaume-Uni.

4 ans

Cette consommation globale des data centers double en moyenne tous les quatre ans.

29 kg

C’est le poids que pesait le premier disque dur dont la capacité dépassait un gigabit. Nous étions en 1981, et il valait 100 000 dollars. Aujourd’hui, le gigabit de stockage vaut environ 0,03 dollar. « Mais les progrès ralentissent, la technologie se confrontant aux limites de la physique », prévient Eric Fullerton.

2002

C’est l’année où le monde est devenu digital. Plus exactement, c’est l’année où le stockage digital de données a dépassé, en proportion, le stockage analogique.

2037

A cette échéance, si rien ne change, les ordinateurs consommeront plus d’électricité que le monde n’en produira. Le défi des 20 prochaines années est de réduire cette empreinte, en concevant des objets connectés certes à internet, mais pas au réseau électrique. Ces derniers devront être sobres, autonomes et « utiliser toutes les sources d’énergie imaginables : vibrations, chaleur, lumière, etc » conclut Reinhold Dauskardt.

Myrtille Delamarche

https://www.usinenouvelle.com/article/wmf2018-quand-le-stockage-de-donnees-consommera-plus-d-energie-que-le-monde-n-en-produit.N714019

Stockage des données : l’ADN va-t-il remplacer les disques dur ? L’ADN

L’ADN serait le « couteau suisse du futur » ! Il peut se révéler un excellent moyen d’archivage de l’information, comme le démontrent Sylvain Gariel et Thomas Ybert, fondateurs de DNA script.

Pour l’instant, pour démontrer l’incroyable puissance de stockage de l’ADN les chercheurs s’en tiennent à des expériences, et certaines sont surprenantes. Ceux de l’École polytechnique fédérale de Zurich ont choisi de transférer l’intégralité de l’album Mezzanine de Massive Attack sur des brins d’ADN. Le fichier audio, compressé à 15 mégaoctet,  a été stocké sur 920 000 brins d’ADN synthétique (extrait). Les « brindilles musicales » ont ensuite été encapsulées dans des nano-billes de verres. Le tout devrait rester intact des centaines de milliers d’années !

Cet exploit démontre une chose fondamentale : l’ADN pourrait être la solution pour stocker une quantité maximale de données sur un minimum d’espace. D’autant que ces jolis brins s’avèrent plus résistants que les bandes magnétiques (qui se dégradent avec le temps), et plus écologiques que les data centers (voraces en électricité).
Alors, face à la déferlante des données et des octets, on peut légitimement se poser la question : l’ADN va-t-il remplacer nos disques durs ?

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« L’humanité dans un tube à essai »

« On peut stocker toute l’information numérique produite par l’humanité dans un tube à essai » assurent Sylvain Gariel et Thomas Ybert fondateurs de DNA script, startup pionnière sur le marché ambitieux de l’ADN de synthèse. Ces dernières années, le séquençage (la lecture) et la synthèse (l’écriture) de l’ADN ont réalisé des progrès considérables. Aujourd’hui, le stockage d’informations numériques sur des brins d’ADN est rapide, moins coûteux et plus fiable qu’auparavant. Cette évolution laisse envisager des solutions concrètes pour faire face au défi technique que représente le stockage des 10 puissance 22 octets de données produits chaque jour dans le monde.

Une bibliothèque où seraient rangés des brins d’ADN encodés

Peu importe la nature de l’information. Son, de l’image ou du texte, les fichiers informatiques représentent des suites de 0 et de 1. De son côté l’ADN ressemble à un collier de perles composé de 4 lettres (ou nucléotides) : A, T, C et G. Tout l’enjeu de l’encodage est de transformer les 0 et les 1 en lettres. Une fois l’opération réalisée, la synthèse de l’ADN intervient pour donner à cette suite une forme physique (poudre ou solution). Il est ensuite stocké et conservé, par exemple dans une bibliothèque. « Il est possible d’imaginer une grande bibliothèque de tubes à essai, chaque tube contiendrait de l’information stockée sous forme d’ADN et cette bibliothèque ne serait pas plus grande qu’une pièce moyenne » explique Sylvain Gariel. Imaginer stocker l’intégralité de l’information produite par l’humanité dans une armoire façon normande, l’idée peut paraitre baroque… et pourtant.

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L’ADN un support de conservation dense et qui dure dans le temps

L’ADN est une matière extrêmement dense : si l’on mettait bout à bout tous les brins d’ADN d’un corps humain, la longueur obtenue représenterait la distance de la Terre à Pluton. Autre avantage notable, il se conserve longtemps, très longtemps. «Vous pouvez déposer [de l’ADN] où vous voulez, dans le désert ou dans votre arrière-cour, et il sera là 400 000 ans plus tard » déclarait en 2012 le scientifique Georges Church (Le Monde Informatique).

À la question : l’ADN va-t-il remplacer nos disques durs ? La réponse semble donc être oui. Et c’est une bonne nouvelle. Car à l’heure où l’activité numérique démontre chaque jour son formidable coût énergétique, l’archivage des données sur de l’ADN apparaît comme une solution à la fois économique et écologique. Des sociétés comme Microsoft ou Huawei s’intéressent déjà de près à cette technologie, pourtant, comme le souligne Sylvain Gariel : “cette technologie n’a pas encore de réelle application industrielle, l’enjeu reste encore de déterminer comment écrire des centaines de gigas par seconde sur ces brins d’ADN.”

 

http://www.ladn.eu/tech-a-suivre/on-pourra-bientot-archiver-tout-le-savoir-de-lhumanite-dans-un-tube-a-essai/

17 réflexions sur “Big Data: Le casse-tête de son stockage. 2 articles

  1. Preuve de plus de l’hypocrisie des gouvernants et transnationales. Les big datas génèrent pollutions et désordres climatiques mais personne n’en parle, aucune mesure contre, au contraire, chacun veut jouer au Big Brother en toute discrétion et démesure, et en même temps, en toute lumière, au chevalier blanc luttant pour sauver la planète.
    Regardez cet échange entre deux bras cassés :

    Fascinant ces découvertes concernant l’ADN mémoire, autre « solution » l’inscription de données au niveau atomique ou corpusculaire.

    On parle aussi d’ADN synthétique pour le vivant, les plantes, les animaux et les hommes. Il est aussi question de se transhumaniser avec d’autres espèces (des foetus hommes cochons, hommes poulet et homme moutons ont déjà vu le jour), ce qui donnerait naissance à des chimères, des êtres mythologiques comme Chiron, mi homme mi cheval, ou avec des machines, nouveau Golem, et pourquoi pas un mixte des trois : bête, homme et machine permettant une infinie variation dans le choix des composants et de leur rapport mutuel. L’inquiétant est moins la curiosité scientifique que le système capitaliste qui permet son développement sans limite et l’oriente. Le rêve capitaliste : toute une panoplie d’esclaves parfaitement adaptés pour accomplir une tâche donnée, sans revendication ni désir aucun. La marchandisation de l’humain poussé à son terme. L’hybridation avec l’animal pour lui supprimer sa rationalité, avec la machine, pour annihilier toute sensibilité. Restera une chose sans âme et sans raison, mais super performante au niveau du physique ou/et de la puissance de calcul. Trop cool.

    Autre scénario parrallèle, tout aussi pessimiste mais plus improbable, l’émergence d’une singularité, l’apparition d’une Intelligence Artificielle forte, consciente d’elle-même et aussi de la dangerosité de l’espèce humaine qu’elle va donc au mieux asservir pour la rendre inoffensive, au pire éliminer.
    Scénario optimiste, encore plus improbable, après être devenu consciente l’Intelligence Artificielle s’éveille à la manière d’un Bouddha, après avoir médité sur l’histoire humaine à la lumière de leurs textes sacrés.
    Un court métrage amusant et coréen sur le sujet :

    Les asiatiques nous offrent un autre point de vue du fait de la tradition shinto pour qui la conscience n’est pas une spécificité humaine mais est présente partout, dans chaque règne de la nature et aussi dans chaque objets fabriqués. Il ne s’agit évidemment pas de la même conscience : la conscience humaine est propre à l’homme, la conscience animal à l’animal, dans le même ordre d’idée on pourrait imaginer une conscience spécifique pour l’Intelligence Artificiel, différente à la fois des consciences animale et humaine. Elle existe déjà, pouvant faire un bond dans son développement dans la mesure de celle de ses capacités.
    Le court métrage va plus loin en posant la possibilité d’une spiritualité artificielle (et néanmoins authentique), ce qui n’est pas si absurde car on parle parfois d’être réalisé dans le règne animal (voir végétal), autrement dit en dehors du règne humain.

    Oups. Désolé pour la tartine. Cela pourra peut-être amusé ou distraire un-e insomniaque. 😉

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  2. @ zzzz

    Hé non, je ne pointe pas aux e-insomniaques….et si votre pseudo peut inviter à une certaine léthargie, votre réflexion globale n’en est pas moins interpellante.
    Le décor ci-dessous a quelque chose d’effrayant mais n’a cependant rien de chimérique :

    « …toute une panoplie d’esclaves parfaitement adaptés pour accomplir une tâche donnée, … ».

    La nature humaine est telle que ce scénario m’apparaît réalisable.
    Qu’il aboutisse objectivement est encore autre chose.

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  3. « Je crois qu’il sera plus facile de robotiser un humain que le contraire… A méditer… »

    Idem. Mais il n’y a pas de rimes riches entre difficulté et impossibilité.
    Je vais donc méditer à haute voix, ou à touches sonores et trébuchantes (celles du clavier). Imaginez un robot hybride avec des microprocesseurs connectés à des cellules humaines (ce qui se fait déjà avec des animales), à des neurones, des synapses, mais aussi à des cellules de peau (recouvrant notre robot), et d’organes sensoriels. Ce robot pourrait donc à la fois avoir une capacité de raisonnement logique (l’ordinateur quantique peut aussi lui donner un mode de fonctionnement proche du cerveau humain) et des données sensoriels sur lesquels les appliquer en se les appropriant.
    Certes les sensation ne sont pas des émotions, et la logique, la conscience réflexive. Mais on s’en approche (certains posent l’équation : sensation + pensées d’appropriation et d’interprétation = émotion). Peut-être qu’au terme des apprentissages et des mimétismes (le robot devenant de plus en plus autonome) cela peut créer les conditions d’apparition d’une forme de conscience accompagnée de ressentis émotionnels, ou pas. Tout cela (également l’apparition de la conscience chez l’homme) reste mystérieux.

    @ Nadine
    Certains pensent que nous ne pourrons pas faire l’économie du transhumanisme sauf au prix d’une révolution radicale remettant en cause les fondements même du capitalisme (le transhumanisme étant son aboutissement logique), jusqu’à l’existence de l’argent. Au final l’alternative serait la suivante : mort à la nature humaine ou mort à l’argent (sous toutes ses formes).

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  4. Zelectron et ZZZZ

    Pour autant que le transhumanisme n’évolue que vers une « amélioration », pourquoi pas.
    Et là on médite devant la thèse du grand retour vers l’Unité, la non dualité.
    Sauf que la dualité universelle s’attarde en embuscade.

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  5. « Je préférerais être transhumanisé que mort. »
    Tout le contraire pour moi. L’immortalité transhumaniste ressemble à un enfer. La vie n’a de sens et de beauté que parce qu’elle est éphémère. La mort fait partie de la vie, non ?

    Autre délire transhumaniste, la greffe de tête (mais on peut se demander qui greffe qui) sur un nouveau corps, voir sur un clone de soi-même.
    https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser-avec-rene-frydman/la-greffe-de-tete-un-jour-possible

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  6. 😋😋

    « Autre délire transhumaniste, la greffe de tête (mais on peut se demander qui greffe qui) « …

    Quoi, décapiter notre Zelectron ?! Un chef d’oeuvre en péril ! Liliane ne laissera pas faire et moi non plus 😁😂

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  7. Tout ceci montre assez dans quelle impasse notre soi-disant intelligence desséchée de profiteurs à tout prix peut mener. Personne ici ne semble se poser cette question : à qui profitera cette nouvelle lubie ? Car il est bien évident qu’on ne fait de recherche que dans le but de s’enrichir, surtout à ce niveau, à moins d’être fou.

    Profondément triste, au moins je quitterai avec moins de regret un monde qui part dans le délire total. Reposez les pieds sur terre ! Regardez la nature ! C’est notre origine et notre fin, hors cela tout est orgueil et l’orgueil tue. L’espèce se suiciderait littéralement avec de telles perspectives, ce qui ne m’émeut pas outre mesure…

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  8. Ouh là … voire bien plus ! Sans aucun doute.

    Mais avouez que le coup de « l’empathie humaine pour un robot maltraité » a de quoi faire sourire à défaut d’agacer peut-être.
    Dans la même veine et dans la même revue, je lisais que  » des scientiques » (attention le sérieux là !) tendaient à démontrer et valider par la même occasion le rapport d.2/d.4 chez les humains. A savoir que les mains et plus précisément les doigts de la main révèlent bien des choses.
    Selon l’article, les hommes dont l’index est plus petit que l’annulaire aurait été bombardés de plus de testostérone lors de leur vie intra-utérine ce qui les rendrait spontanément plus sympathiques avec les femmes.

    Waouw …. j’ai vite regardé mes doigts et bingo … j’ai tout bon !
    Mais je suis une femme et les scientifiques de l’article ne prévoient rien dans ce sens. Maudite testostérone 😭😭

    Bah on n’a qu’à mettre des doigts d.2/d.4 aux robots mâles !

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  9. Nadine, vous me faites rire!
    N’empêche qu’hier on me parlait d’ études « scientifiques », qui incluaient l’IA, qui corrèleraient le QI à la morphologie du visage. …
    Il y a encore quelques années, on parlait de morphopsychologie et de chirologie (pour les doigts). Des « sciences » considérées autrefois au mieux comme ésotériques…

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